Drapeau était une sorte de diminutif de drap. C'était le drap déchiré. Urraque, abordant Partonopeus défiguré par la misère, hésite à le reconnaître:
Ies tu li beau Partonopeus?
Deus! com tu ies ore empiriés!
Con voi tes drapeaus despeciés!
(Ibid., v. 6018.)
Le passage de Pasquier y revient parfaitement!—«Ainsy de l'estendard, banniere ou enseigne, que nous disons aujourd'huy drapeau. Cela est provenu d'une hypocrisie ambitieuse des capitaines, qui, pour paroistre avoir esté aux lieux où l'on remuoit les mains, veulent représenter au public leurs enseignes deschirées, encores que, peut estre, il n'en soit rien.»
(Recherches, liv. VIII, ch. 3.)
DUR, DRU, RUDE.
Ce sont trois prononciations diverses d'un même mot, obtenues en transposant l'r. Car de prétendre que rude vienne de rudis, ignorant, ce serait imiter les écoliers, toujours portés à traduire un mot par celui dont la forme extérieure s'en rapproche le plus. On n'assigne pas d'étymologie à dru.
Une preuve plus concluante que la forme matérielle qui peut être un effet du hasard, c'est l'analogie du sens. Or, s'il y a du rapport entre ignorant et rude, ce n'est que par métaphore, et le sens figuré n'est pas ce qui frappe d'abord les hommes d'une société naissante, au lieu que le sens propre les touche immédiatement. Ce qui est épais, dru, est dur, et ce qui est dur est ordinairement rude au toucher. Voilà pour l'analogie première; les nuances se fixent ensuite à chaque forme, et il arrive, au bout de quelques siècles, que des mots sortis de la même souche semblent n'avoir entre eux aucun lien de parenté.