Que nous adoubissiez au jour qu'il vous plaira
Pour le plus vaillant roy qui jamais n'estera.
(Les quatre fils Aymon, v. 215.)
Un très-beau passage de la chanson de Roland, c'est le moment où l'arrière-garde de Charlemagne est sur le point d'être attaquée par les Sarrasins dans les défilés de Roncevaux. Olivier, à plusieurs reprises, a supplié Roland de sonner de son cor d'ivoire pour avertir Charlemagne, et rappeler l'avant-garde à leur secours. Roland s'y est obstinément refusé, et toujours par les mêmes motifs: il croirait se déshonorer et attirer des reproches sur sa famille et ses amis, si aucun homme vivant pouvait dire qu'il a corné pour des païens. Il se repose sur sa vaillance et sur l'acier de Durandal:
Roland est proz, e Oliver est sage,
dit le poëte.
Cependant le danger devient tel, qu'il est impossible de le méconnaître. Alors l'archevêque Turpin éperonne son cheval blanc, et, monté sur une petite éminence, il exhorte les soldats à bien faire leur devoir, sans leur dissimuler le sort qui les attend. Aussi leur donne-t-il l'absolution, leur imposant pour pénitence de bien férir. Les vers sont nobles et touchants:
Seignurs baruns, Carles nus laissat ci,
Pur nostre rei devum nus bien murir.
Chrestientet aidez a sustenir.