Bataille auerez, vos en estes tuz fiz[93],
Car a vos oilz veez les Sarrazins.
Clamez vos culpes, si priez Deu mercit.
Assoldrai vos pur vos anmes guarir:
Se vus murez, esterez seinz martirs.
(Roland, st. 293.)
[93] Fiz, de fixi, vous êtes bien fixés sur ce point.
«Seigneurs barons, Charles nous a laissés ici. Nous devons bien mourir pour notre roi. Aidez à soutenir la chrétienté[94]. Vous aurez bataille, vous en êtes bien sûrs, car voici devant vos yeux les Sarrasins. Confessez vos péchés, implorez la merci de Dieu. Je vais vous absoudre pour guérir vos âmes: si vous mourez, vous serez saints martyrs.»
[94] C'est-à-dire, ici, le christianisme.
C'est peut-être ce passage pathétique que chantait Taillefer à la bataille d'Hastings, à la tête de l'armée, pour enflammer les soldats de Guillaume le Conquérant. En tout cas, il n'aurait guère pu choisir mieux[95].