[96] Je cite le texte de l'édition donnée par M. Guichard, la seule qu'il soit désormais possible de lire.
L'Académie veut que dans cette locution fort soit invariable.—«Elle se fait fort d'obtenir la signature de son mari;… ils se faisaient fort d'une chose qui ne dépendait pas d'eux.»—On ne voit pas la raison de cette invariabilité. Fort, invariable, ne pourrait être que l'adjectif pour l'adverbe, comme lorsqu'on dit: Ils sont partis soudain; ils tenaient ferme, c'est-à-dire, soudainement, fortement. Mais on ne saurait supposer: Elle se fait fortement d'obtenir, etc.; ils se faisaient fortement d'une chose, etc… Le sens manifeste est celui-ci: Elle se disait assez forte pour obtenir;… ils se prétendaient capables, forts d'une chose… Il est donc indispensable de faire accorder l'adjectif. C'était, comme on l'a vu, l'usage ancien; pourquoi l'a-t-on changé, et sur quelle autorité? Il est fâcheux que l'Académie ne motive jamais ses décisions; plus elles sont absolues, plus il faudrait tâcher de les faire voir justes et raisonnables.
FEINDRE, FEIGNANT[97].
[97] On écrivait faindre comme craindre. L'orthographe normande a prévalu pour le premier.
Feindre s'employait jadis absolument, dans un sens analogue à celui de craindre, hésiter.
L'auteur du Chastelain de Coucy dit, au début de son poëme, que l'amour favorise les amants hardis, mais qu'à peine a-t-il aucune récompense pour les timides:
Mais pour les faingnans desloiaus
Dist on qu'a paine est nulz loiaus.
(Coucy, v. 21.)
Une chanson de Coucy lui-même, antérieure au poëme d'environ cinquante ans, commence par ce couplet: