«CLÉANTE.—Nous feignions à vous aborder, de peur de vous interrompre.»
(L'Avare, acte I, sc. 5.)
Et dans Don Juan: «Je ne feindrai point de vous dire que l'offense que nous cherchons à venger est une sœur séduite et enlevée d'un couvent.»
(Act. III, sc. 4.)
Feindre exprimait moins que craindre et plus qu'hésiter; notre langue s'est appauvrie de cette délicatesse, mais le peuple l'a retenue. Un feignant est un homme qui ne craint pas le travail au point d'avouer sa paresse et d'oser le refuser; il l'accepte, mais il fait peu et de mauvaise besogne: il hésite, il tourne, il feint de travailler.
Les beaux parleurs se moquent de la prononciation du peuple, persuadés qu'en disant un feignant il veut dire un fainéant. Un fainéant ne fait rien; un feignant fait quelque chose. Qui des deux est le ridicule, celui qui est raillé sans raison, ou celui qui le raille sans comprendre ce qu'il raille?
Avec faindre et faignant, nous avons perdu leur substantif faintise:
Chascuns d'eux a sa lance prise:
Proaice anemie a faintise
Les a fait tost esperonner.