Voltaire dit fleur d'orange:—«Je crois, ma foi, être dans la boutique d'un parfumeur; je suis empuanté d'odeur d'eau de fleur d'orange.»
(Les Originaux, act. II, sc. 8.)
C'est de nos jours seulement qu'on s'est avisé de raffiner sur cette expression, et d'y vouloir substituer fleur d'oranger. Fleur d'orange, sans égard pour les autorités qui le protégeaient, a été déclaré ridicule, absurde, à l'usage des sots. «Quiconque, dit spirituellement l'auteur des Nouvelles remarques sur la langue française, quiconque a trouvé des fleurs sur une orange, a le droit de parler de fleur d'orange. Mais on ne rencontre guère de pareilles fleurs qu'au jardin des Olives. On rencontre probablement aussi en ce lieu des fleurs de poires, des fleurs d'abricots; mais partout ailleurs ce sont les oliviers, les poiriers et les abricotiers qui portent des fleurs.»
(T. II, p. 239.)
La raillerie est vive et impitoyable, comme d'un homme dix fois sûr de son fait. On croirait entendre M. Nodier en personne.
Quoique je n'aie jamais cueilli de fleurs sur une orange, je ne laisserai pas de continuer à dire de la fleur d'orange, et même j'essayerai de défendre cette expression. Je n'hésite point à me ranger du parti le plus faible contre le plus fort, c'est-à-dire, avec les anciens contre les modernes; avec Malherbe, Voltaire et madame de Sévigné, contre M. Francis Wey.
Avant tout, je prendrai la liberté de faire observer à nos savants critiques que, dans cette locution fleur d'orange, il ne s'agit pas de la fleur, mais du fleur; que fleur ici ne traduit pas florem, mais odorem.
«Les loups reconnoissant au fleur celui qui les a supplantez, tous d'un commun accord le devorent.»
(PASQUIER, Recherches, VIII, chap. 15.)
Flairer, c'est aspirer une odeur; fleurer, c'est au contraire l'exhaler: témoin, dans le Malade, M. Fleurant, apothicaire.