(v. 83.)
Cela signifie l'Adanois d'outre-Meuse. Le Danemark n'est pas plus outre-mer que la mer n'est la Meuse; mais la géographie des poëtes du moyen âge n'en savait pas si long, et n'y regardait pas de si près.
On a invoqué le celtique, l'anglais, le breton, le gaulois et le gallois pour expliquer comment l'Ardenois avait pu devenir le Danois: «ARDEN était l'équivalent de DEAN, dont les anciens Gaulois et les Bretons se servaient pour désigner une forêt: les Anglais traduisent en latin deane-forest et Arden-forest par Silva danica; ainsi, l'on disait Deanois, Danois, pour Ardenois[105].» Cela est bien savant! Je crois le chemin beaucoup plus court et plus sûr en passant par la prononciation: Ardene, Adane;—l'Adanemarke, le Danemark;—l'Ardenois, l'Adanois, le Danois.
[105] Préface d'Ogier le Danois, par M. Barrois, p. 3.
ORGUES et OGRES.
Tous les dictionnaires font ce mot masculin au singulier et féminin au pluriel. Sur quoi fondés, je l'ignore; mais c'est l'usage. En sorte qu'il faut dire, pour parler correctement: C'est un des plus belles orgues que j'aie vues. Nosseigneurs de l'Académie devraient bien nous régler cette impertinente irrégularité.
Le mot orgues se rencontre dans un curieux passage de la version du livre des Rois. Le traducteur, pour éclaircir le texte de temps en temps, y intercale une glose qu'il prend dans S. Augustin, dans S. Jérôme, dans les Paralipomènes, ou ailleurs, sans autrement en prévenir que par un mot en marge: c'est ou le nom de l'auteur à qui il emprunte, ou tout simplement le mot auctoritas. C'est ce mot qui accompagne le passage en question.
David, dit le texte, dansait devant l'arche, sautant de toutes ses forces, vêtu d'un éphod de lin.
Le traducteur n'est pas encore satisfait de cette danse; il veut que David jouât en même temps de l'orgue, et même de l'orgue de Barbarie. L'explication en est si claire, qu'il n'est pas possible de le méconnaître:—«David sunout une maniere de orgenes ki esteient si aturné ke l'um les liout as espaldes celi ki 's sunout; e il si sailleit e juout devant Nostre Seigneur.»
(Rois, II, p. 141.)