Félix resta tout seul.

Cette locution s'est conservée pure chez les Anglais: By himself, by herself; tout seul, toute seule; mot à mot, par lui-même, par elle-même.—Are you quite by yourself? Êtes-vous absolument seul? mot à mot, tout par vous-même.

Et dans le patois lorrain, tot pâ li, tote pâ lei, tout par lui, toute par elle; tout seul, toute seule. Lei, pronom féminin, comme en italien.

Le français moderne garde encore une trace à demi effacée de cette façon de parler, dans à part lui, à part moi, qu'on devrait écrire, à par lui, à par moi, sans t. Par lui, par moi, sont ici construits avec le signe du datif, comme au hasard, à l'étourdie, à l'abandon. Je me dis à par moi… Il réfléchissait à par soi.—Je me dis à moi tout seul… Il songeait à lui tout seul.

Un chevalier, en réalité le plus poltron des hommes, faisait grand étalage de sa bravoure. Tous les jours il sortait armé de pied en cap, allait au bois, et, de retour avec sa lance brisée et son écu bossué, prétendait avoir occis un nombre de brigands. Sa femme soupçonne l'imposture, et, pour en avoir le cœur net, s'avise de suivre un jour son mari, déguisée en chevalier; elle l'attaque, le renverse, et lui impose pour rançon de sa vie une condition très-humiliante, que je ne dirai pas:

Et la dame, qui moult fu sage.

Dist par soi qu'apres veut aler

Por savoir et por esprover

Son hardement et son barnage.

(De Berengier au long cul, Barbaz., III, p. 261.)