Mais voici l'oracle qui abat toutes ces autorités:
«Davantage ne peut pas être suivi d'un complément comme dans: J'aime davantage la campagne que la ville. Il faut, dans ce cas, employer l'adverbe plus.»
(M. BONIFACE, Gram. franç., p. 295.)
IL FAUT, vous entendez? Ne demandez pas pourquoi: IL FAUT.
Les grammairiens en général n'ont qu'un seul procédé: ils commencent par poser à priori un principe sans autre fondement que leur bon plaisir et souvent leur ignorance, qu'ils ne manquent pas d'appeler la logique. Voilà la loi faite. Armés de cette loi, ils regardent ensuite dans les écrivains. Naturellement tout ce qu'ils y rencontrent de favorable, ils ne manquent pas de le citer en confirmation de leur théorie; quant aux exemples contraires, ils savent encore en tirer parti dans leur intérêt: Rousseau a violé la règle dans tel passage… Bossuet a péché contre la pureté de la langue… J. J. Rousseau a méconnu le principe… Pascal ou Molière ne s'est donc pas exprimé correctement quand il a dit… Il faut bien se garder d'imiter Voltaire quand il écrit… etc., etc. Qui donc imiterons-nous pour être assurés de bien parler français? Qui? MM. Féraud, Girault, Andry de Boisregard, Landais, Boniface, Domergue, Demandre… Voilà les autorités véritables et les guides infaillibles.
(Voyez OU, p. [401].)
SOUVENIR (SE).
La logique s'en va des langues à l'user. Peu à peu les locutions vicieuses et inconséquentes prennent le dessus, comme en un jardin négligé les mauvaises herbes étouffent les bonnes. On sarcle, mais trop tard; le mal est fait. Quelque soin qu'on voulût prendre de sarcler notre langage, il y a de fâcheuses locutions qui s'y sont implantées si avant, qu'on ne peut même essayer de les extirper. On soulèverait jusqu'à des vers de la Fontaine. Par exemple, la Fontaine a dit:
Je ne me souviens pas que vous soyez venue,
Depuis le temps de Thrace, habiter parmi nous.