Un damoisiaus de moult haut pris…
Quant le vallés espousé eut…
Le roman de la Rose met également sur une seule ligne les valets et les damoiselles:
Car malebouche est coustumiers
De raconter faulses nouvelles
De valets et de damoiselles.
Le mot valet conserve aujourd'hui même son acception primitive, sans que personne y prenne garde: c'est dans le jeu de cartes, où le roi, la dame et le valet représentent le père, la mère, et leur fils. Ce n'est pas à des laquais, à des garçons, qu'on eût donné les noms des chevaliers les plus illustres: Hector, Ogier, la Hire, Lancelot. Les quatre valets sont les quatre jeunes princes, héritiers des quatre rois. Le reste représente des groupes de simples soldats anonymes, les pions du jeu d'échecs.
Voilà donc un mot qui, après avoir honoré longtemps les fils de la plus haute noblesse de France, s'est vu relégué à désigner l'homme dans sa plus basse condition, et finalement est devenu si injurieux et si humiliant, qu'on ne l'applique plus à personne, et qu'il sortira ignominieusement de la langue où il était entré et a subsisté longtemps comme un titre d'honneur.
Il a fait sa révolution en six siècles à peu près: il était encore jeune au début du XIIIe; il est caduc au XIXe.
Le mot qui, au moyen âge, avait le sens actuel de valet, c'est garçon, augmentatif de gars; garcio, dans la basse latinité: