L'ai vu porter en terre par quatres officiers;

L'un portait sa cuirasse, l'autre son bouclier.

A l'entour de sa tombe romarin fut planté.

Sur la plus haute branche le rossignol chanta.»

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Ici commençait sans doute un couplet monorime en a, dont la suite est perdue.

Remarquons tout de suite, dans le premier couplet, un vers manifestement et grossièrement refait en 1783:

Monsieur d'Malbrouck est mort, est mort et enterré.

Le second hémistiche est pillé mot à mot du Convoi du duc de Guise; le premier ne va pas sur l'air, parce que seul il ne se termine pas par un e muet. Regardez tous les autres: guerre, Pasques, passe, monte, page, apporte, terre, cuirasse, tombe, branche; il n'en est pas un qui se dérobe à cette uniformité; et cette syllabe, qui ferait boiter le vers dans notre système moderne, est indispensable pour le rendre régulier musicalement; si bien que le vers interpolé, juste d'après les lois de la prosodie actuelle, est faux pour le chant, et qu'on est obligé de chanter: «Monsieur Malbrouck est more.» Les contrefacteurs n'ont pas pris garde à ce détail, si soigneusement observé par le vieux poëte. La particule nobiliaire mise au devant du nom de Malbrouck est une plaisanterie inepte qui trahit encore le faussaire. Les autres vers présentent tous les caractères de la versification du XIIIe siècle; ils ressemblent à ceux qu'on faisait sous saint Louis et sous Philippe-Auguste[125].