[125] Voyez [Des priviléges de l'ancienne versification], p. 237.
Les hiatus dont nous paraît fourmiller la poésie de ces temps reculés n'existaient pas même en prose. Ils étaient prévenus par des consonnes euphoniques qui s'intercalaient dans le langage, mais souvent omises dans l'écriture, surtout à mesure que la date des manuscrits se rapproche de nous. La tradition orale les a maintenues parmi le peuple. Les plus anciens monuments de notre langue, le livre des Rois, les sermons de saint Bernard, la chanson de Roland, et quelques autres, ne permettent aucun doute à cet égard:
«Achitofel parlad à Absalon.—Atalie entrad el temple (livre des Rois).—Tu as dous anemins: lo pechiet et la mort.—Chier frere, nos est mestier ke la chariteit aiens. (Saint Bernard.)»
Luisent cis elmes ki ad or sunt gemmés…
L'escus li fraint ki est à flurs et ad or…
(Roland, passim.)
«Ces casques brillent qui sont émaillés d'or…» (at or).
«Il lui brise son écu, orné de fleurs et d'or…»
Le participe passé passif prenait toujours à la fin un d ou un t euphonique, comme les substantifs en é, beautet, vanitet, nativitet; comme les troisièmes personnes en a, il at, il vat:
Un grant mouton cornut ocis.