Le pronom masculin sonnait i:—i viendra,… i dira… qu'i dit…
Le pronom féminin, entre é fermé et ai:—é sait… é fait… é va… Madame à sa tour monte si haut qu'é peut monter.
Mais devant une voyelle, l'l euphonique reparaissait: il ira… el aura.
Puis l'usage de faire constamment sonner cette l s'est établi dans les classes soi-disant lettrées: ile va… ile dort. Il en est résulté que le pronom féminin el s'est allongé d'une syllabe sur le papier: elle part, elle donne. Le bon sens, l'analogie auraient voulu qu'on modifiât de même l'autre, et qu'on écrivît ille, puisqu'on le prononce maintenant ainsi. Point! il est resté monosyllabe à l'œil, tandis qu'il a deux syllabes pour l'oreille.
Mais enfin, si nous manquons de logique, nos pères n'en sont pas cause; et vraiment ce serait pousser trop loin la fatuité de l'ignorance que de les blâmer d'avoir écrit: El voit venir son page… si haut qu'el peut monter.
Quel nouvelle… et non quelle nouvelle. Quel, tel, étaient invariables pour le genre. Tout adjectif était dans ce cas, venant d'un adjectif latin en is, et n'ayant par conséquent qu'une seule terminaison pour le masculin et pour le féminin. De là vient que mortel, royal, grand, etc., n'avaient qu'une forme pour les deux genres: c'est qu'ils dérivent de mortalis, regalis, grandis.
Cela vous démontre en passant l'absurdité d'écrire avec une apostrophe, grand'route, grand'messe, comme s'il y avait une élision de l'e sur une consonne. Cet e n'a jamais existé.
Cela vous explique aussi cette locution demeurée technique au palais, lettres royaux. M. Chicaneau, dans les Plaideurs:
J'obtiens lettres royaux, et je m'inscris en faux.
Ne sais quel chose traïnoient.