(LA FONTAINE.)
A-t-on jamais vu?… A-t-on vu quelquefois?
Y a-t-il quelqu'un?—Personne. C'est-à-dire, en ôtant l'ellipse: Il n'y a personne.
Au lieu de personne, on pourrait répondre: Ame qui vive. Prétendez-vous que âme qui vive soit une négation?
On ne passe qu'à M. Landais de nous dire, dans sa grammaire, que l'adjectif personne signifie absence de personne, à peu près comme si l'on disait que blanc signifie noir.
Ouvrez maintenant l'Académie, vous y lirez, comme dans la Grammaire des grammaires: RIEN, néant, nulle chose;—AUCUN, pas un;—JAMAIS, en aucun temps;—GUÈRE, pas beaucoup, peu;—PERSONNE, nul, qui que ce soit[135].
[135] Qui que ce soit donné comme équivalent de nul! Ainsi, lorsqu'on dit: Qui que ce soit qui vienne me voir, je n'y suis pas, cela veut dire, selon l'Académie: Nul qui vienne me voir, etc. Évidemment, l'Académie avait en tête une phrase de cette forme: Il n'y a qui que ce soit; et elle a encore transporté au mot affirmatif la valeur de la négation. Quelle légèreté pour une Académie!
Ces fautes visibles avaient été signalées dans le Dictionnaire de M. Napoléon Landais; il est triste que l'Académie française s'obstine à les reproduire[136].
[136] Ménage dérive guères d'avarus; M. Ampère, de l'allemand gar, beaucoup.
Ce sont là des fautes de commission, et je n'ai pris que la fleur du sujet. La liste des péchés d'omission serait bien plus considérable encore.