Je reçus, il y a quelques jours, la visite d'un jeune Allemand. «J'entends, me dit-il, répéter chaque jour, et par les littérateurs de toutes les écoles, que Molière est le plus parfait écrivain de votre langue, celui qui en a le mieux connu l'étendue et le génie. Sur les autres, on dispute; sur Molière, tout le monde est d'accord. J'ai donc résolu d'étudier Molière, et j'ai acheté exprès pour cela le Dictionnaire de l'Académie. Mais je suis bien embarrassé: je n'ai essayé de lire que les deux premières pièces, et j'y rencontre à chaque pas des difficultés de mots que l'Académie n'a pas levées.»

Parlant ainsi, il tira la liste de ces difficultés; en voici un extrait. Dans l'Étourdi:

Donnez-lui le loisir de se désattrister.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

J'ai grand'peur de vous voir comme un géant grandir,

Et tout votre visage affreusement laidir;

Pour Dieu, ne prenez point de vilaine figure!

J'ai prou de ma frayeur en cette conjoncture.

«On ne trouve ni désattrister ni laidir dans le Dictionnaire; et au mot prou, il est dit que ce mot ne s'emploie que dans les locutions peu ou prou, ni peu ni prou.

Trufaldin, ouvrez-leur pour jouer un momon.