En termes de chasse, on ne prononce jamais autrement que des piqueux. Sur quoi je ferai observer combien les vocabulaires techniques sont d'excellents témoins du vieil usage, et combien il serait à désirer qu'on eût des dictionnaires sûrs et complets des termes de droit, de ceux de marine, de chasse, de pêche, etc., etc. Ces termes, aujourd'hui sortis de la langue usuelle, en faisaient partie quand l'art ou le métier auquel ils appartiennent a commencé d'être connu chez nous. Ils se sont conservés et transmis par la routine, chose meilleure qu'on ne croit, et sont des témoins infaillibles.
S.
Je n'ai pas besoin de faire voir que l's finale était effacée de la prononciation de nos aïeux, puisque nous-mêmes ne la faisons pas sentir; des verses, des mœurses, pour des vers, des mœurs, sont une tradition particulière à la Comédie française, et tout à fait mauvaise: heureusement elle commence à se perdre.
Quant à la manière affectée dont on fait aujourd'hui siffler l's finale sur la voyelle qui commence le mot suivant, il en sera traité au chapitre des consonnes articulées à la moderne.
Je rappelle ici pour mémoire que l's suivie d'une autre consonne dans le courant d'un mot, disparaît pour laisser prévaloir la seconde: esprit, estomach, et quelques autres, sont des vices consacrés, mais dans le fond aussi choquants que le seraient esse-pée, esse-tonner.
Dans ce passage de la Fontaine:
Ces deux veuves, en badinant,
En riant, en lui faisant fête,
L'alloient quelquefois testonnant,
C'est-à-dire ajustant sa tête.