Pour quelque mot que l’en me sonne,

Fors Bée que vous m’avez aprins.

(Pathelin.)

Ainsi, dès la fin du XVe siècle, les deux locutions étaient en présence, et luttaient. Selon la marche des choses d’ici-bas, la pire devait l’emporter, et son triomphe ne se fit pas attendre. Le XVIe siècle, tant ses ardeurs de grec, de latin, d’italien et d’espagnol lui brouillaient la cervelle, n’entendait plus rien du tout à la première langue française; je ne suis donc pas surpris de voir la forme quelque que mentionnée seule, et consacrée comme une règle dans la grammaire de Palsgrave (1530); c’est au folio 114 (recto), où l’auteur expose que l’on emploie indifféremment quelque et quelconque. Voici ses exemples:

«Quelconque ou quelque excusation que vous alleguez, elle ne vous servira de rien.»

«Quelques dieux, ou quelconques dieux que ils soient.»

«O deesse specieuse, quelque tu soies, si m’engarderay à faire à aultruy mencion quel conques

Ces exemples sont pris dans quelque traduction du latin, faite par un célèbre écrivain de l’époque.

Vous observerez que Palsgrave recommande bien surtout de ne jamais faire accorder quel dans quelque ni quelconque. Si l’on trouve parfois dans les livres quelle que, quelsconques ou quellesconques, c’est, dit-il, par une grosse méprise des imprimeurs: «that was done by the errour of the printers.» Il fait de cette invariabilité une règle formelle, que l’âge suivant, avec son inconséquence ordinaire, a gardée pour quelconque, et violée pour quelque. Nous écrivons: une femme quelconque, sans faire accorder quel, et en le faisant accorder: quelle que soit cette femme. Notre grammaire moderne ressemble à un écheveau mêlé.

—QUELQUE SOT, locution elliptique: