(D. Juan. I. 3.)


LETTRE
A
MONSIEUR A. FIRMIN DIDOT,
SUR QUELQUES POINTS
DE PHILOLOGIE FRANÇAISE.

Monsieur et cher éditeur,

Le livre Des variations du langage français, que j’ai publié chez vous il y a quelques mois, a été vivement attaqué dans la Bibliothèque de l’École des chartes, également sortie de vos presses.

Si ces attaques n’atteignaient que mon amour-propre, je ne répondrais pas une syllabe; mais l’intérêt de la science s’y trouve et mêlé et compromis; il s’agit surtout d’un point de grammaire curieux et fondamental: dès lors je suis tenu de défendre ce que je crois la vérité. Cette considération vous fera, j’espère, excuser l’étendue de cette lettre, qui eût pris bien d’autres développements encore, si j’eusse voulu suivre la critique pas à pas, et la combattre à toute occasion. Il suffira de toucher quelques détails saillants; on jugera du reste par analogie.

J’ai refusé de reconnaître, par rapport à l’étude de la vieille langue dans ses monuments, l’importance exagérée qu’on a faite aux patois sous le nom pompeux de dialectes. J’ai dit: Il y avait un centre du royaume, une langue française constituée; les écrivains de la province visaient tous à écrire la langue du centre. S’il en est autrement, qu’on me montre dans ces écrivains les expressions en dehors de la langue commune, caractéristiques de tel ou tel dialecte. Bien entendu, je n’accepte pas comme autant de mots à part les différences d’orthographe qui se rencontrent souvent dans la même page d’un manuscrit.

Mais comme un élève de l’École des chartes, feu M. Fallot, d’estimable et regrettable mémoire, a laissé un gros volume sur ces dialectes, dont il a plus que personne préconisé l’importance, il fallait bien a priori que mon opinion fût erronée, absurde, monstrueuse et révoltante. Après toutes les vaines déclamations possibles, M. Guessard en vient enfin à m’opposer le témoignage d’un texte.

Je laisse parler mon adversaire: