Paris, le 30 octobre 1846.
F. Génin,
Professeur à la Faculté des lettres de Strasbourg.
P. S. On vient de me montrer, dans un journal religieux[104], deux articles où je suis diffamé, travesti, calomnié, insulté, etc., pour la plus grande gloire de M. Guessard et de saint Ignace de Loyola. Depuis la publication de mes Jésuites, l’Univers s’efforce charitablement d’appeler sur moi les rigueurs du pouvoir; depuis notre concours sur la langue de Molière, M. Guessard sollicitait discrètement contre mes travaux le ressentiment de l’Académie; tous deux travaillent à me perdre dans l’opinion publique. Aimable concert! pieuse collaboration! association honnête et morale! M. Guessard connaît sans doute l’écrivain anonyme qui le porte aux nues, et reproduit si affectueusement ses doctrines et ses objections contre mon livre (sans dire un mot de mes réponses). Pour moi, je ne le connais ni ne veux le connaître. Je vois seulement que M. Guessard a pour soi l’Univers; mais comme c’est l’Univers qui loge rue du Vieux-Colombier, no 29, je ne m’en inquiète guère: j’ai depuis longtemps renoncé à l’espoir d’être canonisé par les jésuites; au contraire, je suis ravi de voir les opinions de M. Guessard soutenues par la Société de Jésus: d’une et d’autre part l’orthodoxie me semble égale, et j’espère que les deux causes, unies dans la défense, ne seront point séparées dans le succès définitif.
NOTES
[1] «Un point sur lequel je m’exprimerai avec une entière assurance, parce qu’il est un pur objet de patience et d’exactitude, c’est la correction du texte.......... J’ai suivi ces éditions originales avec une exactitude scrupuleuse.» (Avertissement, p. XVIII et XXII).
[2] Cette pièce est fort rare; la bibliothèque du Roi ne la possède pas. Je dois à l’obligeance de M. A. F. Didot d’avoir pu faire cette vérification, et beaucoup d’autres non moins importantes.
[3] De la bibliothèque de M. A. F. Didot.
[4] On n’a point la date positive de la naissance de Molière, mais on a l’acte de mariage de ses père et mère, du 27 avril 1621. Tous les anciens biographes de Molière le font naître, par une erreur manifeste, en 1620 ou 1621. Il est probable qu’il fut baptisé le jour même de sa naissance; s’il en était autrement, l’acte de baptême l’indiquerait, selon l’usage constant du dix-septième siècle.
[5] Les Précieuses ridicules sont de 1659; les Femmes savantes, de 1672. Molière mourut au commencement de 1673.
[6] Lettre sur la vie et les ouvrages de Molière, dans le Mercure de mai 1740.