La première édition de l’Imposteur est de 1669, et le titre porte cette note: Imprimé aux despens de l’autheur[3]. Ainsi, pour le remarquer en passant, ce chef-d’œuvre du génie humain, qui devait faire la gloire éternelle de la France et la fortune de tant de libraires, Tartufe, à son apparition, ne put trouver un éditeur! l’auteur fut obligé de l’imprimer à ses dépens. Le trait m’a semblé digne d’être recueilli, ne fût-ce que pour la consolation de tant d’auteurs contemporains, qui, ayant déjà ce point de commun avec Molière, pourront rêver le reste, et se promettre dans la postérité l’achèvement de la ressemblance.
Je n’ai point examiné toutes les autres éditions de Tartufe; sur le témoignage de M. Auger, je crois volontiers qu’elles portent sur un beau semblant; mais je puis affirmer que l’édition de 1669, l’édition originale, donne sous un beau semblant.
Si j’ai relevé ces deux erreurs, ce n’est pas pour accuser mon prochain, mais plutôt pour me faire un droit à l’indulgence, en montrant combien, dans le travail même le plus soigné et le plus consciencieux, il est difficile de se garantir de toute inexactitude.
Les exemples ont été disposés dans l’ordre chronologique des pièces, afin qu’on puisse remarquer les progrès du style de Molière. J’ai pris soin d’indiquer le nom du personnage qui parle, toutes les fois que son caractère ou sa condition pouvait suggérer quelque doute sur la pureté de son langage, par exemple, si c’est un valet, un pédant, une précieuse, etc.
Pour faciliter les vérifications, je dois prévenir que lorsque je cite les œuvres de Voltaire, tel volume, telle page, il s’agit de l’édition de M. Beuchot;
Les Pensées de Pascal, c’est le texte donné par M. Cousin, et suivi d’un petit lexique qui m’a servi d’un utile auxiliaire;
Les fabliaux de Barbazan, c’est l’édition originale, en trois volumes in-12, et non celle de M. Meon, en quatre volumes in-8o;
Montaigne, c’est l’édition Variorum du Panthéon littéraire.
J’ai rencontré souvent l’occasion de toucher à des théories exposées dans mes Variations du langage français, soit pour m’en appuyer, soit pour les fortifier. Ces théories ne se trouvant point ailleurs, on me pardonnera, j’espère, comme une nécessité de position, d’y renvoyer quelquefois. Ce n’est pas pour la satisfaction puérile de me citer moi-même; c’est pour épargner le temps du lecteur.