L'autre instrument, qui leur est le plus familier, parce que c'est celui au son duquel ils dansent, est le tambour; il est aussi simple que la guitare. Ils coupent un arbre creux, ils prennent une certaine longueur du tronc, ils étendent sur chaque bout une peau de mouton, en mettant le poil en dedans; cette peau est serrée autour du bois par un cercle de lianne, voici le tambour fait. Ils ne se servent point de baguettes pour le battre, mais de leurs mains. On peut aisément juger que cet instrument est peu sonore, il est d'une monotonie insupportable pour les blancs.

Dans une dissertation sur les briques flottantes des anciens, par Fabroni, l'évêque Grégoire trouve ce passage: «Comment concevoir la manière dont les anciens habitans de l'Irlande et des Orcades pouvoient construire des tours de terre, et les cuire sur place? C'est cependant ce que quelques nègres de la côte d'Afrique pratiquent encore.»

Voici à quoi se réduit ce chef-d'oeuvre inconcevable. Dans les cantons de l'Afrique, où la pierre et le bois sont rares, les nègres construisent grossièrement, non pas des tours, mais de petites huttes carrées, avec de la terre argileuse; quand ils ont fini cette espèce de pisé, ils remplissent l'intérieur de la case d'herbes sèches, et en garnissent aussi le dehors, ensuite ils y mettent le feu; les murailles se durcissent jusqu'à un certain point, mais ne cuisent point. Nous avons vu de ces petites maisons de terre à S. Domingue, qui avoient été construites par des nègres d'Afrique. Il y a bien loin de là, à des tours cuites sur place.

«Un problème non résolu, jusqu'à présent, mais non pas insoluble, est, selon M. Grégoire, la manière de concilier le développement de toutes les facultés intellectuelles, de tous les talens, sans laisser germer cette corruption que les arts d'agrément traînent, je ne dis pas inévitablement, mais constamment à leur suite.»

M. Grégoire a raison de dire que ce problème n'est pas insoluble, puisqu'il se trouve résolu par toutes les qualités morales que les nègres joignent aux grands talens qu'il leur suppose.

Ce prélat, craignant d'être contredit par le grand nombre de capitaines qui ont fréquenté les côtés d'Afrique, affirme, sur le témoignage de quelques voyageurs, entr'autre de l'abbé Prévot, que les nègres de l'intérieur de l'Afrique sont bien plus civilisés et plus moraux. En nous bornant, «dit-il, à l'acception que présente l'idée de sociabilité, d'aptitude à vivre avec les hommes, en rapport de services mutuels, l'idée d'un état policé qui, a une forme constituée de gouvernement et de religion, un pacte conservateur des personnes, des propriétés; qui pourroit disputer à plusieurs peuples noirs la qualité de civilisés? Seroit-ce à ceux dont parle Léon l'Africain, qui, dans les montagnes, ont quelque chose de sauvage, mais qui, dans les plaines, ont bâti des villes où ils cultivent les sciences et les arts.»

Ne sommes-nous pas en droit de demander ce que sont les villes dont nous parle Léon? quelles sont les sciences et les arts qui y fleurissent, pourquoi les voyageurs ne nous apportent pas le moindre produit de tant de talens? [15] quelle est enfin la religion que l'on y professe? C'est par elle particulièrement que nous pourrions juger du degré de civilisation des peuples. Ne savons-nous pas que plusieurs de ces castes noires adorent les astres, d'autres des serpens, les autres, des fétiches.

Note 15:[ (retour) ] «La France, dit un voyageur, est pleine des étoffes faites par des nègres.» Cela est vrai; mais ces étoffes viennent de l'Inde, où elles sont faites par des Indiens noirs à cheveux longs, qui ont beaucoup plus d'intelligence que les nègres d'Afrique, qui ont de la laine au lieu de cheveux.

Il existe, parmi les peuples de l'intérieur de l'Afrique (à ce que nous assure l'évêque Grégoire), un pacte conservateur des personnes.

Et le plus grand nombre des esclaves que traitent les capitaines négriers, est amené de plus de deux cents lieues de l'intérieur des terres. Ce prélat, pour nous prouver la perfection d'un des gouvernemens de la contrée de Juida, nous cite la négresse Zingha, reine d'Angola, dont l'astuce diplomatique ne le cédoit en rien à celle des souverains d'Europe qui ont le plus perfectionné cet art funeste; la preuve en est, dit-il, dans la conduite de cette reine, morte à quatre-vingt-deux ans; à qui un esprit éminent et une intrépidité féroce assurent une place dans l'histoire. Elle fit périr, à la vérité, une grande quantité de ses sujets; mais, dans sa vieillesse, elle eut des remords, qui, comme le dit fort bien M. Grégoire, ne rendoient pas la vie aux malheureux qu'elle avoit fait sacrifier. Quel exemple de civilisation à citer! Ne pourrions-nous pas, par la même raison, préconiser la civilisation du féroce Dessalines, qui peut-être auroit aussi expié ses forfaits par des remords, si les mulâtres et les nègres n'avoient purgé la terre de ce monstre noir, qui, peu à peu, les auroit tous dévorés?