«En parlant des idées reçues parmi nous, communément on croit qu'un peuple n'est pas civilisé, s'il n'a des historiens et des annales. Nous ne prétendons, pas mettre les nègres au niveau de ceux qui, héritiers des découvertes de tous les âges, y ajoutent les leurs; mais, peut-on inférer de là, que les nègres sont incapables d'entrer en partage du dépôt des connoissances humaines (chapitre VI, page 153)?»

Ce seroit sans doute un acte d'ingratitude la plus marquée de la part des blancs: quand les pères ont perdu leur fortune, c'est un devoir de la part des enfans de partager avec eux le peu qu'ils ont. L'évêque Grégoire ne nous a-t-il pas dit, d'après Volney et Grégory, que les nègres ont été nos pères dans les sciences et dans les arts, et qu'ils nous ont appris jusqu'à l'art de parler.

L'évêque Grégoire ne peut pourtant s'empêcher de convenir que la civilisation est presque nulle dans plusieurs de ces états nègres. Par exemple, dans celui où l'on parle au roitelet, à travers une sarbacanne; ou quand il a dîné, un héraut annonce qu'alors tous les autres potentats du monde peuvent dîner à leur tour. Ce prélat traite encore de barbare le roi de Kakongo, qui, réunissant tous les pouvoirs, juge toutes les causes, avale une coupe de vin de palmier à chaque sentence qu'il prononce, et termine quelquefois cinquante procès dans une séance. Quelle barbarie! Tandis que chez nous, où la civilisation est montée au dernier échelon, il faut souvent cinquante séances et plus, pour terminer un procès.

CHAPITRE VIII

De la Littérature des Nègres.

Tandem, tandem, tandem, tandem, denique tandem.

Enfin, après sept chapitres, qui ne sont qu'un avant-propos, ou plutôt un hors de propos, du sujet de l'ouvrage annoncé par l'évêque Grégoire, ce prélat se décide à aborder la Littérature des nègres, dont, selon notre manière de voir, il ne donne que des preuves négatives. Que doit-on entendre par la Littérature d'un peuple? C'est l'ensemble des productions littéraires de cette nation. En partant de cette définition, nous allons examiner les preuves que prétend donner l'évêque Grégoire, de l'existence de la Littérature des nègres.

«Willeberforce, de concert avec les membres de la société, qui s'occupe de l'éducation des Africains, a fondé pour eux un espèce de collége à Clapham, distant de Londres d'environ six mille, j'ai, dit M. Grégoire, visité moi-même cet établissement en 1802, pour m'assurer du progrès des élèves, et j'ai vu qu'entr'eux et les Européens, il n'existoit d'autre différence que la couleur. La même observation a été faite à Paris, au collège de Lamarche, par M. Coesnon, professeur de l'Université, où il y avoit un certain nombre d'enfans nègres. La même observation a été faite à Philadelphie, à Boston; et le bon Wadstrome prétendoit, à cet égard, que les noirs avoient la supériorité sur les blancs. L'ancien consul américain, Skipwith, est du même avis (chap. VII, pag. 176).»

En accordant à l'évêque Grégoire une égalité, même une supériorité d'aptitude pour les sciences, à quelques nègres, sur les blancs, qu'en peut-on conclure en faveur de la Littérature de leur nation? L'aptitude à acquérir dans quelques individus, suppose-t-elle la science de la nation dont ils sont sortis? Le nègre don Juan Latino, enseignoit à Séville la langue latine; l'avoit-il apprise en Afrique? où existoient leurs Universités, leurs Colléges? dans quelle langue leurs littérateurs ont-ils écrit? Si Clénard, après avoir dit que les nègres étoient des brutes, reconnut dans un autre temps leur aptitude, et qu'il leur enseigna la littérature, dans la supposition qu'il ait réussi, n'a-t-il pas formé des savans en littérature portugaise, et non en littérature africaine? Que prouvent pour cette littérature, les réparties brillantes des nègres, dont l'évêque Grégoire cite un exemple.