«Un nègre de la côte, dormoit. Son maître, en le réveillant, lui dit, n'entends-tu pas maître qui appelle? Le nègre ouvre les yeux et les ferme aussitôt, en disant sommeil n'a pas de maître.» Cette répartie ne sent-elle pas un peu la littérature françoise?

Quelles preuves à donner de la littérature des nègres, que leur intelligence pour les affaires, dont on ne peut citer que quelques exemples très-rares, et leur mémoire prodigieuse dont on ne peut en citer qu'un. Leur talent pour servir d'interprètes, pour lequel ils n'ont besoin que de savoir un peu de françois, et l'idiome très-borné de quelques peuplades africaines, qui leur vendent des esclaves.

Nous demanderons à M. Grégoire, pourquoi, s'il y avoit en Afrique une Littérature, des Universités, le fils du roi de Nimbana, est-il venu en Angleterre pour y apprendre l'hébreu? Pourquoi Stedman, qui accorde aux Africains le génie poétique et musical, ne nous a-t-il pas apporté quelques-uns de leurs chefs-d'oeuvres en ces genres? Un opera de leur façon nous eût fait connoître leur poésie et leur musique, bien mieux que des relations de voyageur dont on doit toujours se défier.

Enfin, des preuves irréfragables de la Littérature des nègres, selon l'évêque Grégoire, ce sont les Chevilles du Père Adam, menuisier de Nevers; les ouvrages de Louise, l'abbé de Lion, surnommée la Belle Cordière; les oeuvres d'Hubert Pott, simple journalier en Hollande, proclamé par le voyageur Pratt, le père de la poésie élégiaque; les Poésies de Béronicius, ramoneur de cheminées; les Romans d'un domestique de Glatz en Silésie; les Poésies de Bloomfield, valet de charrue; les Poésies de Greensted, servante, et d'Anne Gearley, laitière à Bristol. Or, il est évident, d'après ces exemples, que si les blancs, dans les dernières classes de la société, sont parvenus à un degré de mérite aussi éminent, à Fortiori, les nègres peuvent en faire autant et plus; donc ils ont une Littérature. D'ailleurs, comme l'observe fort bien l'évêque Grégoire, le génie est l'étincelle recelée dans le sein du caillou; dès qu'elle est frappée par l'acier, elle s'empresse de jaillir. Nous pensons sans doute sur ce point comme M. Grégoire; mais nous avons observé que dans les cailloux noirs, l'étincelle étoit si bien encroûtée, que l'acier le mieux trempé pouvoit à peine l'en faire jaillir.

CHAPITRE IX

Notice des Nègres et des Mulâtres distingués
par leur talent et leurs ouvrages. Annibal,
Amo, Lacruz-Bagay, l'Ilet-Geofroy, Derham,
Fuller, Banaxe, Othello, Cugoano,
Capitein, Williams, Vassa, Sancho, Phillis-Weathley
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Dans ce neuvième chapitre, nous allons examiner si les ouvrages faits par les nègres, ou pour les nègres, sont bien une preuve de la littérature de leur caste.

«Annibal ou Hannibal, qui eut l'honneur d'être connu du Czar Pierre, par son éducation et son instruction, fut élevé en Russie, au grade de lieutenant-général, et de directeur du génie.»

Avoit-il reçu en Afrique l'éducation et l'instruction qui l'avoient porté à ces grades?