Amo (Antoine-Guillaume), né en Guinée, fut amené très-jeune à Amsterdam; un de ses maîtres l'envoya faire ses études aux Universités de Halle en Saxe, et de Wittemberg; il soutint une thèse, et publia une dissertation De Jure Maurorum; il parloit le latin, le françois, le hollandois et l'allemand.
Où avoit-il appris à parler toutes ces langues, étoit-ce dans les Universités d'Afrique?
Lacruz-Bagay, étoit ou nègre ou sang mêlé; l'évêque Grégoire dénonce lui-même son incertitude à cet égard. Selon nous, il n'étoit ni l'un ni l'autre, puisqu'il étoit Indien Tagal, nation qui diffère beaucoup des Africains nègres; il grava une carte des Philippines, composée par le Père Murello Vélande, jésuite.
Un graveur est-il un littérateur?
L'Ilet Geoffroy, également indien, fit aussi des cartes qui ne prouvent nullement la littérature des Africains.
Derham (Jacques), esclave à Philadelphie, fut vendu par son maître à un médecin, qui le vendît à un chirurgien, qui le vendît au docteur Robert Dove, de la Nouvelle-Orléans; à l'âge de vingt-six ans, il est devenu le médecin le plus distingué de la Nouvelle-Orléans; nous en sommes bien persuadés. Mais qu'a de commun la science de la médecine acquise à la Nouvelle-Orléans, avec la Littérature des nègres d'Afrique?
«Blumenbach, voyageant en Suisse, a vu, à Yverdun, une négresse citée comme la personne la plus habile du pays, dans l'art des accouchemens.»
Qui pourra, d'après cela, douter de la Littérature des nègres?
Fuller (Thomas), né en Afrique, et résidant à quatre milles d'Alexandrie, ne savoit, à la vérité, ni lire ni écrire, mais il n'en étoit pas moins littérateur, par sa prodigieuse facilité à calculer de mémoire. Un jour, on lui demanda combien de secondes avoit vécu un homme âgé de soixante-dix ans, «tant de mois et tant de jours? Il répondit dans une minute et demie. L'un des interrogateurs prend la plume, et après avoir longuement chiffré, prétend que Fuller s'est trompé en plus; non, lui dit le nègre, l'erreur est de votre côté, car vous avez oublié les bissextiles; le calcul se trouva juste.»
Les nègres des Antilles, qui pourtant viennent d'Afrique, sont encore bien éloignés de ce degré de perfection de littérature arithmétique, ils sont obligés, pour compter jusqu'à douze seulement, d'avoir recours; n'allez pas croire que ce soit à la plume, mais à des grains de maïs, ou à de petits cailloux. Pour savoir leur âge, ils mettent, à chaque renouvellement de lune, un petit caillou dans une callebasse, destinée pour cela, et quand on leur demande quel âge ils ont, ils répondent, autant de lunes qu'il y a de petits cailloux dans cette callebasse: mais il n'entre pas dans leur littérature de savoir de combien de lunes est composée une année; encore moins de connoître le calendrier de César, et le calendrier Grégorien; connoissance que le nègre calculateur, cité par M. Grégoire, n'avoit pas certainement acquise dans son pays, qui, par conséquent, ne prouve rien en faveur de la littérature africaine.