Vous me voyez revenir, monsieur, quoique je vous aie quitté avec assez de vivacité. J'ai fait réflexion que ce pouvoit être un sage motif dans celui que je veux avoir pour époux, qui le fait douter de mon penchant. Je voudrois répondre aux objections qu'il pourroit me faire, et l'assurer combien il est digne de mon estime.

ARISTE.

Je n'ai pas bien compris quelle espèce de dispute il pouvoit y avoir entre vous et le marquis, mais je ne puis que vous engager tous deux à vous réconcilier au plus tôt. La sympathie est une loi impérieuse à laquelle on veut en vain se soustraire, et quelque réflexion que la raison nous inspire, il faut céder au trait qui nous a frappés, quand le destin le veut.

JULIE, à part.

Il est toujours dans l'erreur, et je n'ose encore l'en tirer.

ARISTE.

Me sera-t-il permis de le dire? Je sens bien ce qui fait votre peine. Vous craignez que le monde ne soit pas aussi convaincu du mérite du marquis que vous l'êtes; et, à mon égard, il faudroit qu'il fût plus parfait pour qu'il me parût digne de vous. Mais enfin le penchant que vous avez pour lui me le fait respecter, et le justifie devant moi de tous ses défauts.

JULIE.

Vous me conseillez donc de le prendre pour époux?

ARISTE.