… Il n’y songeait guère !
Au diable les nouvelles, au diable les journaux et les angoisses qu’ils procurent ! « Il y a une providence pour la mort d’un moineau », et nous n’y pouvons rien.
Une religieuse est montée à Bourg-la-Reine ; elle esquisse un discret signe de croix ; ses lèvres se meuvent : qu’un train adverse nous mette en charpie, elle est en règle, et le sait. N’est-ce pas elle qui est dans le vrai ?
10 novembre. — Je déjeune avec l’ingénieur Schiltz, retour du Maroc. Une anicroche l’empêcha d’embarquer à Casablanque le jour qu’il désirait : et il échappa ainsi au raz de marée ; son horaire s’en trouva retardé, et il ne put prendre le train prévu, précisément celui qui s’est écrasé à Melun. Interrogeons nos souvenirs après chaque catastrophe, et nous serons stupéfaits du nombre de personnes qui ont, je dis réellement, échappé. Et si nous étions davantage attentifs à nos propres faits et gestes, nous remarquerions que mille fois par jour nous passons le long de la mort. Nous ne nous en doutons pas, heureusement : sinon nous ne pourrions plus vivre.
Après tout, qui sait ? ce ne serait qu’une habitude à prendre, et nous la prendrions. Tel cet infortuné mécanicien qui, sûr, et à bon droit, de son chronomètre, ne songeait plus aux signaux. Il est cependant un signal d’arrêt final, à l’apparition duquel il faudrait toujours se tenir prêt.
— Dès demain, j’entre en danse avec tout mon orchestre.
Taxes partout. Payez. La corde ou le séquestre
Des trompettes d’airain seront mes galoubets :
Les impôts, cela pousse en plantant des gibets !