»Pendant ce temps, les pirates entraînèrent la jeune dame et le Chinois, et les firent entrer dans un bateau, où ils les enfermèrent dans une petite cabine de l’arrière. «Nous étions obligés, écrit la jeune dame dans son récit, de nous tenir en raccourci faute de place, et on nous surveillait de très-près; le soir, il nous était permis de sortir pour un quart d’heure à peu près de notre prison; mais dès que les pirates voyaient venir d’autres bateaux, ils nous faisaient rentrer au plus vite; ils nous fournissaient de la nourriture à l’heure de leurs repas, et nous disaient souvent que si le bateau qui portait notre capitaine à Hong-Kong ne ramenait pas notre rançon, ils nous relâcheraient.

»Nous sommes restés ainsi jusqu’au matin du 18; le Chinois, mon compagnon d’infortune, entendit les pirates dire qu’un steamer était en vue et qu’il fallait faire des préparatifs pour se sauver à terre; ils ne tardèrent pas, en effet, à s’échapper, nous laissant ainsi libres, et sans nous faire aucun mal. Pendant le temps que nous avons passé à bord de ce bateau, les pirates ont attaqué, la nuit, un bateau chinois, et, le lendemain, ils ont trafiqué de leur butin avec un autre bateau. De notre prison, nous entendîmes distinctement passer les marchandises d’un bateau à l’autre et compter l’argent.»

»Le steamer envoyé à la recherche des pirates, et qui a délivré la jeune dame et le Chinois, a détruit, avant de quitter ces parages pour revenir à Hong-Kong, trois villages occupés par les pirates. On croit qu’une nouvelle expédition de bâtiments de guerre sera spontanément dirigée contre les repaires où ces bandits se réunissent.»

PRESSE, 30 décembre 1854.

«Mademoiselle Fanny Loviot, qui avait été prise par des pirates, dans les mers de Chine, vient de rentrer en France, par Marseille, à bord du Valetta

MONITEUR, 20 janvier 1855.

«Le gouvernement de l’Empereur a reçu de Son Excellence lord Cowley communication d’une dépêche adressée à l’amirauté par le contre-amiral sir James Sterling, commandant en chef la station navale de Sa Majesté britannique dans les mers de l’Inde et de la Chine, ainsi que d’un rapport en date du 20 octobre 1854, dans lequel sir William Hoste, capitaine du vaisseau le Spartan, rend compte d’une expédition entreprise contre les pirates de l’île de Symong, aux environs de Macao.

»Les pirates avaient pillé et fait échouer la barque portugaise Caldera, emmenant une dame française qui se trouvait au nombre des passagers. Le croiseur britannique Lady Mary Wood les ayant vainement poursuivis, le vice-consul de France à Hong-Kong demanda au capitaine du Spartan d’envoyer un détachement à bord du steamer Ann, que les assureurs de la barque se proposaient d’expédier pour recommencer la même tentative.

»Le 17 octobre dernier, d’après les ordres de sir William Hoste, le lieutenant Palisser partit avec quatre-vingt-cinq hommes montés sur trois chaloupes; il jeta l’ancre près des débris du Caldera. Le lendemain matin, ayant aperçu sous le vent quelques jonques d’une apparence suspecte, le lieutenant leur donna la chasse avec les trois bateaux qu’il commandait, le peu de profondeur de l’eau interdisant au steamer d’approcher de la côte. Ces jonques se dirigèrent aussitôt vers la terre, où leurs équipages s’empressèrent de se réfugier, après avoir jeté leurs armes à la mer. Les Anglais eurent le bonheur de trouver dans la première jonque la voyageuse française, ainsi qu’un négociant chinois fait prisonnier en même temps qu’elle. Ils les envoyèrent tous deux à bord de l’Ann, et incendièrent la jonque ainsi que deux autres bâtiments; ils se dirigèrent ensuite jusqu’au village de Kou-Cheoumi, d’où l’on avait fait feu sur les bâtiments anglais deux jours auparavant, et où l’on savait qu’était déposée la cargaison enlevée par les pirates. Ils retrouvèrent en effet cent cinquante-trois sacs de sucre et quarante caisses de thé qu’ils emportèrent, et ils brûlèrent deux villages.

»Pendant la première de ces opérations, on découvrit un troisième village, défendu par une batterie de quatre canons et huit pièces de siége. Le lieutenant força son chemin à travers un taillis épais, et, après avoir essuyé une décharge qui ne lui blessa personne, il s’empara de la batterie, en dispersa et en tua les défenseurs, incendia le village avec les bateaux échoués sur le rivage, et s’éloigna après avoir encloué les canons, à l’exception de six qu’il emporta comme trophée de sa victoire.