Il y a quelques ... années, il s'en est passé une bien bonne chez Momus. A ses five o'clock, venait assidûment Adolphe, qu'on pourrait assez justement dénommer Poivreau, vu son état d'émotion continuelle.

Adolphe, qui au sortir du Conservatoire, est entré à l'Odéon, pour en ressortir du reste aussitôt, son début n'ayant pas été précisément heureux et s'étant borné à deux soirées, que les étudiants—gens pervers—égayèrent de leur mieux, Adolphe, dis-je, est un type bien digne de la plume de Balzac.

Quoique n'ayant malheureusement rien de commun, hélas! avec l'auteur immortel de là «Comédie humaine», je vais essayer, cependant, de vous esquisser Poivreau ... non, Adolphe.

Quarante ou cinquante automnes (il cache soigneusement son matricule), assez grand, très myope, un air de saleté désagréablement répandu sur toute sa personne, Adolphe n'ayant pas—oh! non—réussi comme acteur, eut l'idée néfaste de faire de la direction, en province. Après plusieurs tentatives uniformément désastreuses, et le séjour des villes départementales n'étant pas, par cela même, d'une sécurité absolue pour lui, Adolphe crut prudent pour son repos, de regagner la capitale.

Il vint donc à Paris, où il vivote en organisant à Meaux ou à Coulommiers des petites représentations qu'il rend, il faut l'avouer, on ne peut plus extraordinaires par l'appât irrésistible de son concours. Il joue les Bressant ... c'est lui qui le dit du moins. Et son nom, mis en lettres fantastiques sur les affiches, attire quelque peu le public ... la première fois. De mémoire d'homme, on ne se rappelle pas lui avoir vu donner une seconde représentation, à la demande générale, dans la même ville.

Bref, Adolphe est extrêmement connu ... au café de Madrid et à la Chartreuse, estaminets uniquement fréquentés par les chanteurs de chansonnettes en quête d'alcazars et par les clowns en rupture de maillot. Les agences avoisinantes approvisionnent continuellement ce cabaret extrêmement artistique.

Adolphe possède, entre mille prétentions, celles d'homme à bonnes fortunes et, sous prétexte qu'il joue les Bressant, il essaye, mais en vain, de faire croire que sa vue seule fait tomber en pâmoison duchesses, marquises et honnestes dames de haulte noblesse.

Car, Adolphe ne fait pas dans le petit, il donne dans le grand. Il ne travaille pas dans le faubourg Antoine, mais bien dans le idem Saint-Honoré.