J'avais ce qu'on appelle en argot de théâtre: Le fromage à la crème, c'est-à -dire mon nom imprimé sur une bande blanche.

Aussi, pensez ce que mon cœur battait!

Ce jour-là , sous prétexte de faire visiter la ville à mon grand-père, qui l'habitait depuis plus de trente-cinq ans et qui la connaissait naturellement mieux que son petit fils, je le fis passer par hasard, devant tous les murs où l'on affiche d'ordinaire.

Elles m'éblouissaient, ces immenses pancartes!

Vous n'avez pas idée, ô Parisien qui n'êtes jamais allé plus loin que la Porte-Maillot, de la dimension extraordinaire, folle, insensée des affiches de théâtre en province!

On se demande en voyant le nom d'illustres inconnus, comme moi, écrit en lettres gigantesques s'il y aurait des caractères assez grands pour imprimer le nom de Got ou de Dupuis, s'ils venaient en représentations dans ces parages ... où on exagère tout.

La fête se passa fort bien. Le malheur fut qu'alléché par le grand et immodéré succès que me firent mes compatriotes, je prêtai une oreille trop encourageante, si j'ose m'exprimer ainsi, comme disait feu Ballande, aux personnes qui me conseillaient d'organiser moi-même une représentation.

Ah! si j'ai jamais eu une mauvaise idée, c'est bien ce jour-là !

La représentation décidée, il s'agissait de trouver un local.

On m'indiqua une charmante petite salle qui, jadis, sous le nom de Gymnase dramatique, avait donné tous les soirs, pendant de nombreuses années, l'hospitalité a des milliers de spectateurs. (Ligier s'y fit même entendre). Mais depuis une dizaine d'années, délaissée par les directeurs, elle ne s'entrebâillait qu'à de rares intervalles, pour les troupes de passage.