A Ernest MULLER
La scène se passe à Arcachon, cette jolie station balnéaire du golfe de Gascogne dont le doux climat, les pins balsamiques, la plage sans rivale et les huîtres exquises ont fait une des reines du littoral.
C'était pendant la saison estivale de 187...
J'étais en représentations au Casino.
Tous les soirs, pendant une semaine, je monologuais entre deux airs que jouait l'orchestre, conduit par le compositeur Metra.
Une ouverture, une poésie comique, une valse, un soliloque, un quadrille, un monologue, etc., etc., c'était peut-être horriblement monotone, mais je ne m'en plaignais pas.
Maintenant une parenthèse ... nécessaire.
Le maire d'Arcachon était alors M. Deganne, riche propriétaire, lequel, par ses goûts artistiques et son amour du Beau, pouvait prétendre à bon droit à l'estime et à la reconnaissance de ses administrés. (Ah! versatiles Arcachonnais.) Il avait fait construire de ses propres deniers un théâtre fort beau qui, peut-être à cause de sa situation un peu excentrique, n'a jamais été bien fréquenté.
Tous les ans, la petite plage gasconne est honorée de la visite de S. M. la Reine Isabelle, qui vient passer un mois de la saison dans la royale habitation qu'elle s'est fait construire au bord du bassin. La présence de la mère de l'infortuné Alphonse XII ne contribue pas peu à l'animation d'Arcachon.
Or, tous les ans aussi, on profite du séjour de la Reine, pour organiser une grande fête, en son honneur; cavalcade, mâts de cocagne, joutes sur le bassin, illuminations, retraite aux flambeaux, feu d'artifice etc., etc., rien ne manque pour la plus grande joie ... des naturels du pays.