Avec ce système nous aurons le triomphe du quatrième État, ce qui créera directement un cinquième État ayant à soutenir la même lutte cruelle contre les individus arrivés au pouvoir avec son aide. L'aristocratie ouvrière et la petite bourgeoisie seront les tyrans de l'avenir, et la liberté sera supprimée entièrement. L'oeuvre libératrice pour laquelle la nouvelle ère s'ouvrira, sera le massacre des anarchistes, comme le député Chauvin l'a prédit et comme d'autres l'ont préconisé.
Guesde dit même: «que ce n'est pas lui qui a inventé la réquisition, qu'elle se trouve dans les codes bourgeois et que si lui et ses amis sont obligés d'y avoir recours, ils ne feront QU'EMPRUNTER UN DES ROUAGES DE LA SOCIÉTÉ ACTUELLE.»
Belle perspective!
Rien ou presque rien ne serait donc changé au système actuel et les ouvriers travaillent de nouveau à se donner des tyrans. Pauvre peuple, tu seras donc éternellement esclave!
Mais «combien aisément et doucement on glisse une fois sur la pente», comme Engels l'a si bien dit!
Il n'y a pas d'autre alternative que le socialisme d'État et le socialisme libertaire.
Lorsqu'on dit au congrès de Berlin (1892): «la social-démocratie est révolutionnaire dans son essence et le socialisme d'État conservateur; la social-démocratie et le socialisme d'État sont des antithèses irréconciliables», on a joué avec des mots.
Qu'est-ce que le socialisme d'État?
Liebknecht dit que les socialistes d'État veulent introduire le socialisme dans l'État actuel, c'est-à-dire cherchent la quadrature du cercle; un socialisme qui ne serait pas le socialisme dans un État adversaire du socialisme. Mais qu'est-ce que les social-démocrates désirent? N'est-ce pas le même Liebknecht qui parlait d'un «enracinement dans la société socialiste» (hineinwachsen)?
Le socialisme d'État dans la compréhension générale est l'État régulateur de l'industrie, de l'agriculture, de tout. On veut faire de l'industrie un fonctionnement d'État, et au lieu des patrons capitalistes on aura l'État. Quand l'État actuel aura annexé l'industrie, il restera ce qu'il est. Mais avec le suffrage universel, lorsqu'en 1898, année de salut, les social-démocrates allemands auront la majorité, comme Engels et Bebel l'ont prédit, alors il est évident qu'on pourra transformer l'État à volonté, et le socialisme qu'on introduira alors sera le socialisme d'État.