Tous ces ordres du jour contenaient un blâme à l'adresse des députés socialistes au Landtag bavarois.
À côté de ces motions réprobatrices il y en avait une signée par les hommes les plus influents de la «fraction»: Auer, Bebel, Liebknecht, Singer, etc.
Elle était ainsi conçue:
Le congrès déclare: «Il est du devoir des représentants parlementaires du parti, tant au «Reichstag» qu'aux «Landtage», de vivement critiquer et de combattre tous les abus et toutes les injustices inhérentes au caractère de classes de l'État, qui n'est que la forme politique d'une organisation faite pour la sauvegarde des intérêts des classes gouvernantes; il est en outre du devoir des représentants du parti d'employer tous les moyens possibles pour faire disparaître des abus existants et de faire naître d'autres institutions dans le sens de notre programme. En plus, comme les gouvernements en tant que chefs d'États de classes combattent de la plus énergique façon les tendances social-démocrates et se servent de tous les moyens qui leur paraissent propices pour anéantir, si possible, la social-démocratie, il s'ensuit logiquement que les représentants du parti dans les «Landtage» ne peuvent accorder aux gouvernements leur confiance et que l'approbation du budget impliquant nécessairement un vote de confiance ils doivent voter contre le budget.»
Et quel sort échut à ces deux ordres du jour?
Le premier fut rejeté par 142 voix contre 93.
Le second par 164 contre 94.
On ne se décida donc à rien et la question en resta là. Et cela malgré la pression exercée par la trinité Bebel-Liebknecht-Singer! Bien loin de perdre de son influence, Vollmar en a donc gagné: Et il a pu s'en retourner chez lui avec la douce conviction d'être soutenu par une importante fraction du parti.
Bebel aperçut le danger et, rentré à Berlin, il résolut de commencer la lutte. Dans une réunion, il manifeste son dépit à l'égard du congrès, le plus considérable de tous ceux tenus depuis la création du parti. Le parti, dit-il en substance, a pu s'accroître numériquement, il a certainement perdu en qualité. Des petits bourgeois, nullement d'accord avec les principes de la social-démocratie et de l'agitation internationale, se sont insinués dans le parti, pour y former l'élément modéré. L'opportunisme, le particularisme menacent de ruiner le parti. Pour lui, Bebel, un petit parti à principes déterminés est préférable à un parti fort numériquement et sans discipline. L'état actuel des choses lui est fort pénible. Il avait même songé à abandonner sa place au conseil central et ne l'avait conservée que sur les instances des compagnons et amis. Toutefois, il ne promettait rien et tenait à réserver son entière liberté d'action au cas où les affaires continueraient à marcher de même façon.
Nous voudrions connaître l'opinion de Bebel—Bebel, qui, en tant que prophète, s'est si souvent lamentablement trompé—sur l'article qu'il publia peu avant le congrès dans la Neue Zeit[33]. Il nous semble que la lecture l'en doive légèrement embarrasser.