Au même instant, un clapotage bruyant eut lieu dans le ruisseau de Lavernière. Je regardai. Une mule à pompons rouges traversait le courant au galop. Malgré l’eau qu’elle soulevait autour d’elle comme un tourbillon, je la reconnus: c’était la mule de M. Anselme Benoît. Elle portait son maître solidement établi sur les étriers, puis, en croupe, une dame, que je trouvai fort belle, ma foi, et habillée tout à fait à la façon des dames de Bédarieux. Robe de soie, bottines de cuir vernis, gants, chapeau à fleurs et à rubans couleur de feu. Je ne pus m’empêcher de penser à Venceslas Labinowski se promenant, à Béziers, devant la statue de Paul Riquet, avec Catherine, et d’autant plus que M. Anselme Benoît fit une grimace et ne parut pas enchanté de me voir.
—Où vas-tu donc, petit? me demanda-t-il d’un air rude.
—Je ne vais nulle part, je me promène avec Baptiste.
—Es-tu sage, au moins?
—Oh! oui, monsieur Anselme Benoît.
—Tu diras à Barnabé que je m’absente pour quelques jours. Si des malades me réclament, qu’il retienne leurs noms: je les visiterai à mon retour.
Il serra le flanc de sa monture, qui partit oreilles dressées vers la grande route du Poujol.
J’étais consterné.
Baptiste, lequel avait son idée sans doute, n’en persista pas moins à pousser vers le village; il posa avec précaution ses pieds dans l’eau, et toucha l’autre côté de la rive.