Le râtelier, en effet, était bourré jusque par-dessus la haute traverse. Ah! chez M. le maire, les bêtes n’avaient pas l’habitude de crever de famine, de lire la gazette, comme on dit chez nous. Il fallait voir quels magnifiques mulets, à la croupe ronde, grasse, luisante, aux sabots toujours minutieusement nettoyés! M. Combal les conduisait avec orgueil à ses labours de la montagne et de la plaine.—«Ce sont des montures sans pareilles!» répétait chacun, quand elles défilaient matin et soir à travers le village, allant à leur besogne ou en revenant.

Baptiste connaissait ces nobles bêtes, fortes et fières comme des étalons. Aussi, lorsqu’il pénétra dans l’écurie, les mulets de M. Combal s’empressèrent-ils de lui faire accueil. Baptiste les regarda en hochant la tête, et moi qui prêtais à l’âne de Barnabé tous les sentiments dont l’homme est capable, je crus discerner la gratitude dans l’expression de ses yeux. A leur tour, les mulets daignèrent abaisser vers lui un regard où l’amitié certainement tempéra ce qui, en toute autre circonstance, eût paru trop farouche ou trop altier. L’âne du Frère, sans plus ample politesse, passa ses dents à travers les barreaux du râtelier et amena une touffe d’esparcette. Je le laissai aux impérieux besoins de son estomac.

—Eh bien! qu’est devenu ton monde? demandai-je à Juliette, l’avisant seule dans la maison.

—On travaille à la rivière aujourd’hui, répondit-elle sans discontinuer de retourner, en des faisselles de grosse faïence jaune, les fromages de chèvre, les fromageons, qui s’y égouttaient.

—A la rivière! Pourquoi donc?

—On lave et on sèche la lessive chez nous.

—Alors, on goûtera au bord de l’eau?

—Je prépare le goûter pour tous: un fromageon à chacun, puis de la fougasse fraîche.

—J’aime tant la fougasse, quand elle sort du four, moi!