—Cela veut dire que j’en mette un morceau de plus dans la corbeille?

—Et un fromageon aussi..... Oh! les jours de lessive, c’était des jours de fête chez ma mère, à Bédarieux! On déjeunait, on dînait, on soupait même quelquefois le long de l’Orb, au milieu des serviettes et des nappes étendues sur les galets. Quelle gaieté, ces lessiveuses! Il y en avait une, Marthon, qui chantait toujours..... Pour moi, j’aimais beaucoup à faire des ricochets dans l’eau, avec de petites pierres plates et rondes comme des sous. Que de bergeronnettes j’ai dérangées! Un jour, je craignis d’en avoir touché une... Quel amusement!

J’avais débité cette tirade, pleine de souvenirs qui me faisaient battre le cœur, avec une volubilité singulière. Les grands yeux de Juliette Combal, ses yeux bleus,—deux feuilles de pervenche sur une tasse de lait, comme a dit Henri Heine,—me regardaient tout ébahis.

—Ton oncle ne se fâchera-t-il pas, si je t’emmène? me dit-elle.

—Mon oncle!... mon oncle!...

La voix m’expira dans le gosier. Je pris une chaise pour m’asseoir.

—Tu ne sais donc pas, Liette, dis-je, les yeux humides et appelant la jeune fille par l’abréviatif plus affectueux de son nom, tu ne sais donc pas que mon oncle est parti?

—Ah! il est parti!... Si tu courais demander la permission à Marianne?

—Marianne!... Hélas! elle est partie également pour sa montagne.

Et des larmes tachèrent mon gilet.