Mes oreilles avaient ouï juste. C’était bien la mère de Liette qui pérorait, pérorait, pérorait. Je dois le reconnaître pourtant, bien que sa voix conservât toujours des notes criardes, le ton général s’en trouvait singulièrement apaisé. Les propositions désintéressées de Simonnet avaient-elles touché la vieille, et son avarice était-elle à bout d’arguments?...

—Oui, oui, Garidel, disait-elle, vous êtes un homme de sens, et le travail, je le sais, ne fait pas peur à votre garçon. Malgré tant de qualités, vous me laisserez le temps de réfléchir un brin, je pense. Le mariage est plus large que le ruisseau de Lavernière, et je veux que Liette pèse la chose, avant de passer cette rivière où tant d’autres se sont noyées. Ah! quand on est de l’autre côté de l’eau avec une bague au doigt, bonsoir! il faut demeurer avec son homme, serait-il aigre comme une cerise à Pâques ou comme un raisin à la Saint-Jean. Voilà le sort des femmes ici-bas?

—Vous savez bien, Combale, que Simonnet... interrompit Garidel.

—Il est du bois dont sont faits les hommes, et ce bois est dur... Mais parlons sérieusement: Liette ira habiter avec vous, dans votre maison?

—Certainement.

—Vous la nourrirez?

—Avec ce que nous aurons de meilleur: des choux, des châtaignes, du lard, quelquefois une bête de la basse-cour.

—Vous la vêtirez?

—Il y a des marchands d’étoffes à Bédarieux, et nous ne craindrons pas de leur montrer la couleur de notre argent.

—Et vous ne me demanderez rien?