—Rien! s’écria Simonnet, plus empressé que son père.

La vieille paysanne écarquilla ses yeux et regarda dédaigneusement le jeune homme. Puis, frappant sur le bras à Garidel:

—Répondez-moi donc, vous: les enfants sont les enfants, ils ne s’entendent nullement aux affaires.

—Pas un sou ne sortira de votre poche, Combale, murmura le vieux.

—Bon, bon! vous êtes du brave monde tout de même... Oh! pour du brave monde, il n’en existe pas de pareil aux Aires, et, si je ne dis pas oui, je ne dis pas non. On verra... On s’arrangera... Le temps est un grand maître...

Nous étions arrivés à la corbeille; Simonnet, la saisissant derechef, se la planta sur la tête.

On marchait dans le plus profond silence. Le seul bruit désormais qu’on entendît était celui du bâton de la Combale, frappant à intervalles égaux de petits coups secs sur le sol. Bientôt nous perçûmes les roulements clairs et vifs du ruisseau de Lavernière, lequel, aux approches du village, ayant à sauter par-dessus des roches élevées, bondit en cascatelles joyeuses au milieu des osiers blancs et des ajoncs aux feuilles longues et pointues comme des épées.

Nous avancions, chacun en proie à sa pensée intime et retenant toujours sa langue au nid. Nous touchâmes au bout du ruisseau. Là, je retrouvai le carrefour où, le jour du départ de mon oncle, nous nous étions embrassés, Marianne et moi. Je crus, dans les creux du gravier, discerner encore les traces fraîches des pas de la vieille gouvernante, et je me plus à y poser mes pieds d’enfant avec je ne sais quel enthousiasme ému qui me bouleversait le cœur.

Nous franchîmes le courant sur les hautes passerelles de pierre, les Garidel en avant, puis les Combal, moi le dernier, sentant, avec la nuit qui déjà enveloppait toutes les formes de ses ombres, mon âme, ma jeune âme tendre et affectueuse, habituée à toutes les caresses du presbytère, se noyer en une mélancolie dont il m’était impossible de déterminer clairement l’objet.

—Bonsoir, les amis, bonsoir! dit la Combale, tirant tout à coup vers sa maison, située en amont du ruisseau, tandis que les Garidel faisaient mine de gagner la leur, bâtie tout à fait en aval, au milieu d’une prairie, derrière un rideau de frênes et de peupliers.