—Bonsoir! répondit le père de Simonnet, essayant d’entraîner son fils, lequel, immobile, regardait M. le maire, ne finissait pas de le regarder.

—Attendez! s’écria le trop taciturne M. Combal.

—Qu’allez-vous faire, mon homme? interrogea la mère de Liette levant un visage refnogné.

—Les jours de lessive, reprit M. le maire, sont dans nos ménages villageois des jours de réjouissance et de fête. C’est chez nous une coutume de la plus grande ancienneté. Pourquoi, ce soir, ne souperions-nous pas tous ensemble, puisque aussi bien nous sommes sur le point de nous entendre et que les accordailles sont à peu près conclues.

—Rien n’est conclu, interrompit la vieille, rien n’est conclu de définitif. J’ai demandé le temps de me retourner, avant de dire à Liette:—«Arrange ton paquet et va-t’en chez les Garidel.» Crois-tu, par hasard, Ambroise, qu’on se dépouille de sa fille comme ça au pied levé, sans se donner une minute pour faire des réflexions? Moi, je veux peser le fort et le faible avant de poser ma croix sur le contrat.

—Réfléchis jusqu’à la fin du monde, femme, si cela te plaît. Mais je ne vois pas là une raison pour que les Garidel ne soupent pas avec nous.

—Des raisons! il te faut des raisons? Eh bien, je suis lasse de tenir table ouverte pour tout le monde que tu gorges chaque jour avec mon bien. Une fois c’est le facteur de la poste, une autre fois la ribambelle des conseillers, puis des gens de la mairie de Bédarieux qui viennent voir M. le maire des Aires! Ne m’a-t-il pas fallu, cet hiver, mettre toute ma cuisine en branle pour recevoir M. le sous-préfet de Béziers? Ce repas m’a coûté plus de quinze francs de bel et bon argent. Jésus-Dieu! quand je pense à ces trois écus qui sont sortis de ma bourse et que je ne rattraperai plus...

—Combale, intervint le vieux Simon avec une tristesse pénétrante, nous n’avons plus de femme, hélas! à la maison, mais notre pot y bout tout de même. Du reste, Simonnet, qui s’entend si bien à retourner la terre, s’entend également à fricoter les victuailles.

—Tenez! aujourd’hui, j’ai tué deux poulets de notre basse-cour, interjeta vivement le jeune homme, et, avant d’aller à la grave, je les ai portés chez notre voisine la fournière pour les faire rôtir.

—Deux poulets! s’écria la Combale avec une sorte de saisissement, deux poulets! Ah! quel monde vous êtes, Seigneur du ciel! Vous mangez donc comme ça votre volaille, vous autres? Ces poulets, vous les auriez vendus trois francs au marché de Bédarieux.