«Ah! mon Dieu! soupirai-je à plusieurs reprises, ah! mon Dieu!...»

Tout le monde était sorti de l’église, que, paralysé par mes regrets cuisants, je demeurais immobile au milieu du chœur, les yeux vagues, l’âme plus vague que les yeux, ne sachant ce que je devais faire ni où je devais aller.

—Eh bien, pétiot, me cria la voix profonde de Barnabé, resteras-tu longtemps là-bas, perché sur ton escabelle comme un rouge-gorge sur une branche?

Je me levai et rejoignis l’ermite dans la sacristie.

—Vois-tu, dit-il, me montrant sur le rebord du vestiaire une coque, gâteau rond saupoudré de sucre qu’on sait pétrir dans tout ménage cévenol, je réfléchis que, M. le curé d’Hérépian ayant oublié son pain bénit, je ne dois pas l’abandonner aux rats de l’église. Moi, je n’aime point de voir se perdre les meilleurs présents du bon Dieu, et une coque, c’est fait pour la bouche d’un roi.

Il entama la pâtisserie et en porta un gros morceau à ses lèvres.

—C’est doux comme le miel! murmura-t-il.

—Mais, Barnabé, mon oncle avait commandé cette coque à la fournière tout exprès pour M. Martin.

—Est-ce qu’il manque des coques à Hérépian! Sois tranquille, fillot, les curés ont leurs tables toujours pleines jusqu’aux bords. Tu connais le proverbe: «Dominus vobiscum ne vit jamais la famine chez lui.» Dieu ne le veut pas, et ça se comprend comme un et un font deux.

Ces mots n’étaient pas sortis de sa bouche, que la dernière miette de la coque s’y engouffrait avec d’imperceptibles craquements.