M. Martin, armé d’un coutelas, vient de commettre un meurtre.
Quelle peur me fit M. le curé d’Hérépian, quand, après un carillon prolongé, il nous ouvrit enfin la porte de son presbytère! Je ne reconnus plus le M. Martin que j’avais vu la veille aux Aires, avec sa soutane proprette, son rabat fraîchement repassé, sa bonne face réjouie, sa crinière brune à peu près peignée et brossée. Le M. Martin qui m’apparut portait, noué à sa ceinture, un tablier de grosse toile écrue constellé de taches; sa figure bouleversée, ses cheveux en désordre lui communiquaient un aspect farouche, et, chose horrible! sa main droite tenait un long coutelas, d’où s’échappaient, une à une, de larges gouttes de sang.
Saisi d’épouvante, je reculai jusqu’au milieu de la rue; Baptiste, effrayé, lui aussi, fit mine de lancer une ruade; quant à Barnabé, il ne put s’empêcher de pâlir légèrement.
—Eh! Jésus-Seigneur, monsieur le curé, que se passe-t-il chez vous? demanda l’ermite.
—Ah! la lutte a été terrible, répondit M. Martin, essoufflé.
—Une lutte, ciel de Dieu!
—Le scélérat! il m’a mordu le doigt jusqu’à l’os.
—Qui vous a mordu? qui?
—Le dindon, parbleu!
—Le dindon! s’écria le Frère, éclatant de rire.