Je me rapprochai curieusement.

—Hier au soir, reprit le succursaliste d’Hérépian, M. le curé-doyen de Bédarieux m’a mandé un exprès pour me prévenir que, ne pouvant prendre le moindre rafraîchissement à Notre-Dame de Cavimont, puisqu’il a plu à ce coquin de Venceslas Labinowski de lever le pied, après la célébration de la messe à l’ermitage, il viendrait, sur le coup de midi, dîner chez moi avec tout son clergé. Certes, l’honneur est grand, mais quelle corvée!.... Tout de suite, j’ai fait prévenir le frère Pigassou, de Saint-Raphaël, d’avoir à se rendre ici de bon matin, pour nous aider de ses bras, Jeanneton et moi. Mais il n’est pas encore arrivé. Arrivera-t-il seulement, ce paresseux? Las de l’attendre, bien qu’il me répugne de verser le sang, je me suis armé d’un couteau...

—Et vous êtes parti en chasse à travers la basse-cour? interrompit Barnabé, rejetant le foin léger qui capitonnait les bouteilles de maraussan.

—Enfin, le vin ne manquera pas, au moins! dit M. Martin, reprenant l’air guilleret qui lui était habituel.

—Regardez-moi ça! s’écria Barnabé, levant une bouteille dans les premiers rayons du jour.

Puis il ajouta avec enthousiasme:

—Est-ce clair? est-ce beau? Ce maraussan vous a une couleur jaune!... Ne dirait-on pas que ce vin contient de l’or? Oh! puis il faut voir comme il se comporte dans l’estomac!... Quand je songe que je vous ai cédé ce trésor pour rien, car dix sous le litre une liqueur pareille, ce n’est pas vendu, c’est donné... Enfin, vous êtes curé, je suis Frère, et je fais ce sacrifice pour le bon Dieu.

M. Martin, ne songeant pas à son accoutrement ridicule, avait hasardé quelques pas en avant du presbytère, explorant de ses deux yeux inquiets la route qui s’enfonce vers le bois du Cros et serpente jusqu’à l’ermitage de Saint-Raphaël.

—Vous verrez que ce frère Pigassou ne viendra pas, marmottait-il entre ses dents... C’est clair, il ne viendra pas... Un homme que j’ai comblé en toute occasion... Quelle ingratitude!