—J’avais soif, balbutia l’autre, dont la langue, large comme une palette, recueillait en même temps sur ses lèvres les goutelettes d’or du maraussan.

—Tu ne sais donc pas, malheureux, que c’est du vin pour la messe?

—Il est bien bon! bredouilla Pigassou avec un soupir de profonde convoitise.

Et, d’un mouvement instinctif, il tendit les deux bras pour ressaisir la fiole encore pleine à demi. Mais Barnabé me la passa lestement; puis, agrippant l’ermite de Saint-Raphaël aux épaules, le contraignit à se rasseoir.

—Je te conseille, lui dit-il d’un ton quelque peu féroce, de te remettre à plumer ta bête, car sans cela, gare les prunes de mon prunier!

Il leva sur lui ses deux poings fermés. Barthélemy Pigassou, terrifié, ne souffla mot; il regarda son confrère de Saint-Michel d’un œil craintif, effaré, et reprit sa besogne stupidement.

Pour la dernière fois nous enfilâmes l’escalier de la cave.

—Quel ivrogne, ce Pigassou! marmottait Barnabé se parlant à lui-même, quel ivrogne! C’est plus fort que lui: bouteille vue, bouteille vidée. Encore si ce maraussan lui appartenait!... Miséricorde de Dieu! quel Frère libre, ce Pigassou! Ah! s’il me ressemblait! Moi, ma langue prendrait-elle feu pareillement à une allumette, que, si je ne voulais point boire, je ne boirais point.... Il n’existe pas beaucoup de Frères de mon étoffe, vois-tu, fillot... C’est vérité, mon maraussan est un vrai vin du ciel, et ça vous tente, ça vous tente!...

Il lança à la bouteille entamée un regard d’une expression absolument intraduisible. C’était quelque chose de tendre et c’était quelque chose de terrible.