—Donne! s’écria-t-il, ne résistant plus au désir qui lui brûlait la gorge comme un fer rouge.

J’hésitai. Ses grosses mains velues détachèrent mes doigts grêles du goulot, et le maraussan, désormais à la discrétion de l’ermite, prit la route, la grande route que le lecteur a devinée.

—Le vin de la messe! le vin de la messe! répétai-je scandalisé et détournant les yeux.

—Mais il n’est pas consacré, pétiot, me dit le Frère avec un geste de dénégation. Tu comprends bien que s’il était consacré!...

—Oui, mais il ne vous appartient pas, puisque vous l’avez vendu à M. Martin, et que M. Martin vous l’a payé.

—M. Martin?... Attends un peu.

Quatre à quatre il remonta l’escalier de la cave. Je me jetai sur ses talons, curieux de ce qui allait advenir.

Un puits, à margelle vermiculée par les ans, ouvrait sa bouche ronde en un coin de la basse-cour du presbytère. Barnabé débrouilla la chaînette de fer, la poulie grinça, et l’un des seaux descendit au fond. La tête penchée, j’observais tout. Ayant à plusieurs reprises heurté les parois de la muraille circulaire, le bois enfin brisa la glace sombre de l’eau et se remplit jusqu’aux bords. L’ermite tira de vigueur. Le seau reparut sur la margelle, laissant fuir le liquide par mille fentes. Incontinent, Barnabé y plongea la bouteille veuve du maraussan, et le goulot chanta, parla, geignit. Avec son litre plein, il traversa de nouveau la basse-cour sans même regarder Barthélemy Pigassou, occupé à sa volaille, et rentra dans la cure.

Que signifiait ce manége? Reprenait-il le chemin de la cave pour y cacher cette bouteille adultérée parmi les autres, où reposait un vin franc, destiné au service divin?