Le Frère, à ma grande surprise, s’arrêta au beau milieu du vestibule, leva les bras, me lança un regard où pétillait je ne sais quelle ironie diabolique, puis, ses doigts s’entrouvrant, il lâcha tout. Sur la dalle granitique, la chute de la bouteille produisit l’effet d’une détonation. Le verre s’éparpilla en mille morceaux, et le maraussan du puits coula dans toutes les directions.
Au même instant, en haut de l’escalier, un loquet fut soulevé, et M. Martin, le visage enfariné, tenant aux mains, non plus un coutelas, mais un long bistortier de buis auquel adhéraient des fragments de pâte, apparut soudainement.
—Eh bien? s’écria-t-il.
—Quand je vous disais, monsieur le curé, que ces pavés boiraient leur coup de mon maraussan! répondit l’ermite sans sourciller.
—Combien de bouteilles avez-vous cassées, Seigneur-Jésus?
—Une tant seulement, monsieur Martin, une! Mais, à mon avis, c’est beaucoup trop... Un vin qui n’a pas son pareil!... Enfin, à la grâce de Dieu et de saint François!...
Barthélemy Pigassou était accouru aussi, attiré par le bruit. N’ayant pas suivi l’opération de Barnabé au puits de la basse-cour, cet ivrogne naïf crut qu’en effet ce qu’il voyait reluire sur les dalles était du maraussan, et, pliant les genoux comme à l’église, il allait essayer de recueillir avec sa langue, démesurément élargie, quelques gouttes de ce nectar, quand son confrère le repoussant:
—Tu n’es pas honteux!
—Frère Pigassou! articula M. Martin indigné.
L’ermite de Saint-Raphaël se releva.