—Va donc quérir un balai, imbecillas, pour nettoyer le vestibule, lui dit Barnabé.

Puis, s’adressant au curé d’Hérépian:

—Soyez tranquille, monsieur Martin, rien de cet accident ne paraîtra tout à l’heure... Vous pouvez retourner à vos pâtisseries.

Tandis que le bon desservant, abusé par des mensonges odieux, courait rejoindre Jeanneton, Barnabé arrachait un balai des mains de Pigassou, et le promenait à travers le vestibule aussi sérieusement qu’il l’eût fait sur les dalles ébréchées de l’ermitage de Saint-Michel.

La dernière gouttelette d’eau, à force d’être tendue, paraissant desséchée dans les rigoles; le Frère, dont je suivais les mouvements avec inquiétude,—je redoutais à chaque minute un nouveau méfait,—rejeta le balai, puis, tournant vers Barthélemy Pigassou un visage où s’épanouissait de nouveau le sourire bonasse qui lui était habituel:

—Tu annonceras à M. le curé que le temps me manque pour grimper à son pigeonnier. Il saura bien tuer les pigeons, sachant tuer les piots. Braguibus et moi, nous avons donné un coup de coude, l’autre jour, à Notre-Dame; mais Venceslas laissa tout dans un état!...

Au seuil de la porte, il siffla. Baptiste, noyé dans les hautes herbes de la prairie de M. Etienne Baticol, dressa les oreilles. Il accourut. Barnabé lui imposa de nouveau les deux paniers d’osier, sangla la barde, lui passa la bride. L’âne tressautait doucement, satisfait de sentir son estomac bien garni.

—Il paraît qu’il fait bon dans les verdures de M. Etienne Baticol, lui dit l’ermite... Mon Dieu! comme on mange chez les riches!... Pétiot, ajouta-t-il, peut-être, après la fête de Notre-Dame, irons-nous faire ensemble quelques quêtes du côté de Saint-Gervais, de Rongas, de Douch, de Rosis; si je me décide, nous visiterons M. Etienne Baticol à sa ferme de l’Olivette. Je suis sûr que nous trouverons chez lui aise pour nos intérieurs, comme Baptiste. Il est si avenant, ce vieux M. Etienne Baticol! Il a des douleurs aux jambes malheureusement... Tu verras, à l’Olivette, des pigeons par milliers, des régiments de pintades et un paon qui a des plumes!... oh! mais des plumes!...

—J’ai vu des paons à la grange de M. Lautrec.

—Ces plumes de paon, ça vous regarde tout semblablement à des yeux, à des yeux humains qui n’ont pas besoin de lunettes... Enfin le bon Dieu fait bien ce qu’il fait, et son travail ne me regarde pas...