—Eh bien! eh bien! tout le monde est donc mort à l’Olivette? s’écria-t-il, poussant la porte à claire-voie qui donnait accès dans la cuisine de la ferme.

—Pas encore, Frère, pas encore, répondit-on.

Nous entrâmes.

Devant un feu flambant de frigoules, de lavandes, de branchettes d’olivier, un homme se tenait assis dans un vaste fauteuil en planches de châtaignier. C’était le maître de céans, M. Étienne Baticol. Un bonnet de laine brune à rayures rouges, aussi court que la calotte d’un chanoine, lui recouvrait l’occiput et laissait déborder, sur les tempes, sur le front, le long du cou, les ondes d’une abondante chevelure blanche. Ses yeux étaient bleus, d’une extrême douceur.

Pour le moment, M. Étienne Baticol lisait dans un gros livre relié en basane. Dès qu’il nous aperçut, il décrocha les lunettes à verres ronds, qui pinçaient son grand nez recourbé comme le bec d’un aigle, et nous adressa un sourire amical.

—Bonjour, Frère, dit-il; et quel vent vous amène chez moi?

—Le vent de la famine, monsieur Étienne, le vent de la famine. Nous tirions vers Saint-Gervais, le pétiot et moi, quand nous avons senti mourir nos jambes.

—Tiens! ai-je pensé tout de suite, nous voici à deux pas de l’Olivette, et ce n’est pas M. Étienne Baticol, aussi riche que le bon Dieu et aussi bon, qui nous refusera un morceau de pain.

—Et vous avez bien pensé, Frère. Seulement c’est dommage que quelqu’une de mes brus ou quelqu’un de mes garçons ne soit pas ici pour vous recevoir.

—Où avez-vous votre belle famille?