Grande, moyenne et petite classe des Refusés.—Les braves.—Les suspects.—Les poltrons.—On demande les têtes des suspects.—Messieurs, le maître-peintre Courbet!—Évidence de sa supériorité.—Parenthèse.—Encore le critique d'art.—Paysages de M. Daubigny en plusieurs chants.—Hautes opinions de Courbet à propos de la peinture.—Révolution-Courbet.—Ornithologie des critiques d'art.—Ce qu'ils avaient sur les yeux.—Réalisme et Romantisme.—Haro sur le maître-peintre!—Les bons curés, tels que les voulait Béranger et que ne les veut pas M. Veuillot.—Exposition du Refusé en chef.—Peinture à l'encre ou description.—Conclusion raisonnée.


Les Refusés peuvent être divisés en trois classes:

La première, la grande, est celle des Oseurs, des Révoltés, des Protestants contre les jurys, une Batterie des hommes sans peur; c'est pour ces peintres-là, qui ne se tiennent pas tranquilles, qui sont convaincus qu'ils savent ce qu'ils font, que l'Empereur a décrété une Contre-Exposition. Elle était ouverte à tous; mais le danger d'être tué ou blessé,—c'est-à-dire de déplaire au jury et d'être évincé une autre fois, le peu de courage, de foi en soi-même aussi, ont empêché un grand nombre de peintres de s'exposer—aux balles coniques des critiques et aux obus du public, autrement dit aux feuilletons et aux éclats de rire.

Ces peintres-là, leurs confrères, les Braves refusés, les appellent des Couards et fixent leur nombre à 1,800 ou 2,000. C'est eux qui composent la troisième, la petite classe.

Quant à la seconde, c'est celle des Suspects, gens timides, indécis, qui acceptent en longues phrases, au lieu de dire franchement oui; peintres timorés qui laissent leurs tableaux dans la salle des Refusés, mais qui sont inquiets d'être vus. Ils ont l'air d'être derrière leurs confrères, bien qu'ils soient à côté d'eux; en deux mots, ils ne mettent pas de numéros à leurs toiles; ils ne se sont pas faits inscrire dans le catalogue des Refusés, et ils ne peuvent être signalés que par les chiffres de refus de l'administration. Quelques-uns mêmes de ces peintres qui se trouvent mal et ont des borborygmes n'ont pas signé leurs ouvrages. Si le Comité des Refusés était aussi décidé que son aîné, le Comité de salut public, les Suspects seraient guillotinés tous comme les traîtres et les lâches.

A la tête des plus vaillants Refusés, il convient de placer Courbet. Quoiqu'il ne figure pas parmi eux, dans le catalogue et dans le Musée, il est le plus Refusé des Refusés.

Courbet est la plus puissante individualité qui se soit produite parmi les peintres depuis une vingtaine d'années.—Pour ceux qui ne cherchent pas dans la peinture ce qu'on n'y peut pas trouver, la philosophie, la poésie ou l'astronomie, l'agriculture, etc., mais qui se contentent d'y voir la représentation naïve et vigoureuse des faits et des objets, la supériorité du maître-peintre est évidente.

(Je n'exagère pas la démence des critiques d'art et d'une foule d'autres gens, en disant qu'ils ne peuvent admettre qu'une peinture ne soit qu'une peinture, et que dans un tableau ce qui les charme le plus, c'est ce qui n'y est pas. Voilà un critique qui m'interrompt pour me lire son article sur M. Daubigny: «Chaque touche, a-t-il écrit, est «un hémistiche et fait venir à l'esprit un son cadencé, etc. C'est avant tout un grand poëte!!!»)

Courbet tout en ayant, des idées assez vastes de la peinture et des mondes qu'elle peut contenir, est convaincu d'abord qu'elle doit faire ressemblant, et que le meilleur moyen de faire ressemblant est de voir. Cette opinion instinctive est assurément préférable à celle de croire, comme le fameux M. Thoré, que la peinture est faite pour instruire les masses et donner des leçons de politique ou de morale.