Qu'en regardant son œuvre il se dise: c'est bien,
Sûr d'elle et sûr de lui,—tout le reste n'est rien.

Encourager qui? Quelqu'un qui fait mal à continuer?

Notre correspondant ajoute: «Nous ne disons rien de la prétendue injustice du jury, etc.» Pourquoi donc protester contre sa décision en acceptant la Contre-Exposition? Et M. Ancourt nous écrit tout ce que dessus Au nom des artistes Refusés! J'affirme qu'il se trompe et qu'un grand nombre de Refusés n'ont pas les mêmes opinions que lui.

Quelques personnes se sont méprises à propos de la petite physiologie du critique d'art détaillée au commencement de ce livre. Je n'ai appliqué dérisoirement ce titre qu'à des jugeurs dont j'ai fait la description ressemblante, qu'à des faiseurs de Salons de profession qui ne savent ni critiquer, ni écrire, ni voir, ni lire. Mais il faut bien se garder de croire que je puisse confondre ces importants personnages avec des écrivains de génie ou de talent qui ont exprimé leurs opinions sur des peintres et sur la peinture. Si par quelques traits, ceux-ci se rapprochent de ceux-là, ce n'est qu'un petit ridicule qui se noie dans la valeur du littérateur-critique. Mais, je le répète, je n'ai pas plus voulu mêler ces hommes spirituels, intelligents et savants, que moi-même, qui suis bien aussi un peu critique d'art, aux pédadogues du Palais-de-Justice, de l'École normale, du Notariat, du monde et de brasserie, dont j'ai cité les infirmités, les tics, les dislocations, les loupes et les bosses intellectuelles. Quand on fait le portrait d'un type d'animal, cela n'est pas le portrait de tous les animaux. M. Brivet-le-Gaillard, déjà nommé, ne dit pas non plus que ses Types de chevaux représentent tous les chevaux. L'ancien Trissotin et l'ancien Vadius n'étaient pas, dans la pensée de Molière, la portraiture de tous les savants et poètes de son temps. De même, en caricaturant certains peintres très-nombreux, je ne parle que de ceux-là et non d'autres, comme le verront les gens qui continueront la lecture de ce livre. (Quoique tout ceci soit d'une simplicité qui le rend inutile à dire, il est bon, il est important de le dire. On ne saurait trop expliquer les choses).

La peinture la plus singulière, la plus originale, est celle de M. Whistler. La désignation de son tableau est: La Fille blanche. C'est le portrait d'une spirite, d'un médium. La figure, l'attitude, la physionomie, la couleur, sont étranges. C'est tout à la fois simple et fantastique. Le visage a une expression tourmentée et charmante qui fixe l'attention. Il y a quelque chose de vague et de profond dans le regard de cette jeune fille, qui est d'une beauté si particulière, que le public ne sait s'il doit la trouver laide ou jolie. Ce portrait est vivant. C'est une peinture remarquable, fine, une des plus originales qui aient passé devant les yeux du jury. Le refus de cette œuvre n'irrite que les gens qui croient aux examinateurs, aux comités et aux académies; ce refus fait plaisir à d'autres personnes et leur confirme une fois de plus la vérité. Ne rien faire qui vienne de soi-même, ne rien faire que d'après les autres, c'est ce que veulent dire règle et tradition, bases fondamentales de l'art académique, à qui nous devons Abel de Pujol et M. Signol.

Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois, etc.

Et, puisque je parle de ce membre de l'Institut, de ce juge des peintres, qu'il me soit permis (autrement je prends moi-même la permission) de citer ici, à cause de sa violence, un petit morceau extrêmement violent:

M. SIGNOL

«Une des hontes de notre temps, c'est qu'un peintre de la force de M. Signol ait pu arriver à l'Institut. Ce que c'est, cependant, que la médiocrité soutenue, la docilité académique et la bêtise soumise! N'avoir ni impression, ni idées, ni exécution, mais garder bonne mémoire des pensums donnés à l'École des Beaux-Arts, et pieusement conserver les recettes de la maison, cela suffit, paraît-il, pour vous conduire à tout.

»M. Signol me représente un élève ignorant et noué, le dernier de sa classe, toujours coiffé d'un bonnet d'âne, la risée de ses camarades et le plastron des professeurs. Plusieurs générations se succèdent; petit à petit, la classe se vide; les professeurs meurent, et un beau jour, le bonnet d'âne, resté seul, finit par monter en chaire.