On n'aurait pas pu l'avoir
Ni pour cent francs, ni pour mille,
Me disait Gautier un soir.
Sa douleur n'est pas puérile.
Il faudrait être bien dur
Pour railler d'une alouette.
Les cœurs simples comme Arthur
Comprendront qu'on la regrette.
Un jour Gautier s'en allant
Porte la pauvre petite
Chez un ami bienveillant.
Il devait revenir vite.
L'alouette était encor
Plus aimainte que son maître,
Son départ causa sa mort.
Elle se tua peut-être!...
Gautier comprit tous ses torts
Et demeura morne en face
De ce pauvre petit corps
Déjà froid comme la glace.
Gâchet, un bon médecin,
Fut chargé de l'autopsie.
«L'oiseau, dit-il, était sain;
Il est mort d'apoplexie.»
Les restes du cher oiseau
Furent déposés en terre
Sous un cerisier fort beau,
Dans un jardin solitaire.
Trois dames ont accompli
Cette mission secrète.
An pied du bel arbre on lit:
Ici gît une alouette.
Ce n'est pas tout.
Jugez de mon étonnement: Je passais dans le Salon de l'architecture refusée. Tout d'un coup, je vis Un projet de tombeau pour une fauvette! Ce projet de l'architecte, M. Edmond Morin, n'a pas été réalisé: il n'est pas même indiqué dans le catalogue. On m'a raconté que l'auteur l'avait fait pour l'alouette de M. Gautier. Mais le peintre l'ayant refusé, préférant un cerisier pour tout mausolée, l'architecte, vexé, destina son projet de tombeau à une fauvette imaginaire.
M. Morin est le seul architecte dont nous parlerons. L'architecture, comme la tragédie et comme la sculpture, est en pleine déroute. On ne sait même pas imiter. On ne sait plus faire que des maisons et des embarcadères, comme l'église de Saint-Vincent-de-Paul et autres, ou des échafaudages de pâtisserie.
Reprenons haleine.
Il me semble qu'il y a longtemps que je n'ai dit des choses désagréables au jury—depuis le commencement de ce chapitre.
Ah! c'est que je ne suis pas comme la bonne province; je n'ai pas été nourri dans le respect de la niaiserie chauve et du crétinisme entêté aux cheveux d'un blanc jaune, aux oreilles bouchées par le coton.