Cela suffit, n'est-ce pas?

Quoique les critiques d'art ne me soient pas agréables, il m'est doux de temps en temps de citer leur littérature.

M. Castagnary, esthétiste connu, publie dans le Courrier du Dimanche un compte-rendu de l'Exposition des Refusés, et il conclut par les lignes suivantes:

«Au public: Croyez bien que si l'on retirait du salon des Refusés deux cents toiles grotesques, qu'à défaut de l'Institut, un simple garçon de bureau eût pu désigner, il resterait un ensemble de peintures fort satisfaisant. Je vais plus loin: placez par la pensée au milieu de ce restant, ainsi échenillé d'inepties flagrantes, les cent œuvres des trente ou quarante artistes dont les noms sont dans toutes les bouches, et qui font l'honneur de toutes les expositions, parce qu'ils sont véritablement l'état-major de l'art: vous avez immédiatement un Salon complet, aussi intéressant que celui qu'a combiné l'administration.

«A l'Institut: Messieurs, il faut abandonner cette guerre. Elle est mauvaise; elle décourage. Elle est injuste; elle outrepasse vos droits. Quand vous vous appeliez David et son école, que vous aviez une esthétique à vous, que cette esthétique, acceptée de tous, n'avait point encore été ébranlée par le contrôle d'une raison plus libre, vous pouviez avec certitude établir la discipline dans l'art; vous deviez étouffer les révoltes, exclure les hérétiques. Mais l'école romantique, en procurant l'avènement de l'individualisme, a signé votre destitution. Aujourd'hui, dans l'art, chacun ne relève que de soi-même, n'admet d'autre suzeraineté que la sienne. La société a sanctionné et sanctionne encore chaque jour cette émancipation heureuse. Comme pouvoir dirigeant, vous n'êtes plus rien. Abdiquez donc généreusement ce qui vous reste d'autorité, et résignez-vous à suivre un mouvement que vous ne pouvez plus arrêter désormais.

«Cas Agnary.»

Les peintres ne cessent pas d'écrire. Après la lettre de M. Corot est venue celle de M. Millet, précédée de celle de M. Rousseau.

Un Refusé, M. Tremblay, avait envoyé au Petit Journal une protestation bien douce où il écrivait «que les moins bons de l'Exposition des élus, peuvent aller de pair avec les meilleurs de celle des réprouvés

«Non pas, ajoutait-il, que nous voulions jeter au jury l'accusation banale de partialité; mais il est composé d'hommes accessibles à la fatigue, etc.»

Un peu plus loin, on trouvait dans le même article: «En quoi, après tout, les mauvais tableaux peuvent-ils nuire aux bons?»